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juin 2016

Humain

Nicole…ma première maîtresse d école

23 juin 2016

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Juin 1966. Le 23 juin comme aujourd’hui.J’avais 7 ans.
J’étais en prem!
Je terminais ma première année.
On vidait nos pupitres à tablette
En vous écrivant ça, je me respire le souvenir odorant de mon petit sac à dos brun! Un parfum aux épices de simili cuir, d’efface Buffalo rose grugée et de crayons jaunes HB à mine arrondie. Senteur de crayons de couleurs Laurentides aussi. Pas les Prismacolors, on n’était pas assez riche!
Dans le fond du sac en cuir de carton, le papier avec des lignes doubles est tout chiffonné.
Les petits cahiers Alouette Orange ont les coins tournés!
Y’a des estampes d’autos de course dans les pages réussies!
ET des traits rouges en-dessous des fautes de la dictée!
Mais.

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Je me rappelle de mademoiselle Nicole.
Nous étions une classe de gars. Juste des gars.
Soeur Sylvie enseignait aux petites filles.
On l’entendait disputer parfois!
Nous-autres les petits gars, c’était la belle mademoiselle Nicole.
Oui! J’ai toujours trouvé mademoiselle Nicole…belle.
Avec ses cheveux plus foncés. Et son sourire…
A peine 20 ans, c’était sa première année d’enseignement.
En prem; elle-avec!


 

J’ai revu mademoiselle Nicole l’autre jour.
En plein salon mortuaire. Pour mon beauf Jean-Guy.
Quand je l’ai revue. On s’est regardé. Son sourire m’a illuminé.
Devant l’urne ,avec les vraies cendres de Jean-Guy
On s’est sauté dans les bras!
Mademoiselle Nicole avait la même symphonie dans son sourire.
Ca ne vieillit pas le son du sourire!
Revoir sa maîtresse après 50 ans! C’est comme un grand bonheur!
J’ai revu le même petit visage rond. Lumineux. Inspirant. Bon!
La première maîtresse de ma vie d’école! Une maîtresse que j’ai aimée.
Et c’est important ça une bonne maîtresse d’école quand tu débutes en prem!
Voilà!
J’en profite pour dire MERCI à cette chère Nicole.
Je sais bien qu’elle recevra mon message puisqu’elle m’a adressé une demande d’amitié FB suite à cette rencontre. Content tu dis!
Je veux lui redire combien elle a été un bon professeur. Marquant pour les petits gars que nous étions!

Quand on apprend à écrire son nom, on a surtout besoin de quelqu’un comme mademoiselle Nicole pour continuer à avoir confiance en soi , même quand on fait des fautes la première fois.

Parce que. Quand on te tape sur les doigts parce que tu as fait une faute dans ton nom, ca se peut que tu apprennes à pas aimer ton nom. A pas t aimer tout court.
Ca existe encore des « pas à leur place »
Mademoiselle Nicole n’était pas comme ça.
C’était une bonne.

 

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M E R C I
En rendant hommage à mademoiselle Nicole aujourd’hui, je veux aussi déclarer toute ma reconnaissance aux professeurs qui aiment leur métier . Ils marquent ainsi par leur patiente bonté et leur professionnalisme , des petits bonhommes comme moi! Et des petites bonnes femmes pour la vie.
Je voudrais que mon message se rende à chacun et chacun d’entre eux.
J’ai toujours cru. Et je crois vraiment que je dois à mes bons professeurs, une grande partie de ce que je suis devenu. Alors je veux saluer les professeurs! Pour ce que vous êtes! Pour ce que vous changez dans nos vies!
Vous faites toute une différence quand vous aimez vos élèves.
Et que vous aimez ce que vous faites!
Acceptez ma pomme d’or pour la fin d’année!
On ne vous dit pas assez combien vous êtes importants dans nos vies!
Chères maîtresses d’école. Chers professeurs, merci
Bonne vacances!
Mademoiselle Nicole…
Chère Nicole. Encore une fois Merci…1+1=

 

Humain

une balle à mon nom

14 juin 2016

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Si je comprends bien,
il y aura une prochaine fois.
Parce qu’il y a une balle destinée à chacun de nous…A moi.
Comme il y en a eu une pour chacun dans un bar d’Orlando.
La balle. On ne sait juste pas quand elle va siffler pour nous tuer. C’est ça?
Ca dépend…
Ca dépend de ce que je pense.
Ca dépend de ce que je suis.
Ca dépend de mon dieu. De ton dieu.
Ca dépend si j’aime une femme.
Ca dépend si j’aime un homme.
Ca dépend de mes valeurs.
Ca dépend de ma musique…
Ca dépend de mon père. De ma mère.
De mon arrière grand-père.
Je ne savais pas que mon nom était gravé sur une balle.
Que je suis tant détesté.
Et qu’il existe un fou. A quelque part…
Prêt à la charger ma balle dans son fusil de rage.
Prêt à me descendre.
Si je suis au mauvais endroit. Au mauvais moment…
Je ne sais pas ou je serai quand il sera avec ma balle…
Pour me la tirer…Et espérer me tuer en hurlant le nom de son dieu.
Mais je sais ce soir qu’il existe des hommes qui me détestent assez
Assez pour me tuer.
Simplement parce que je suis né ici…
Dans l’autre Amérique mes amis.
Simplement parce que je suis né ici.
Et que je pense ainsi…

Si je comprends bien
Il y aura une prochaine fois
Parce qu’on fait des balles.
Parce qu’on donne des fusils à des fous.
Regardez. Y’a une balle à mon nom.

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Humain

Désolé Mickey, le monde est fou!

12 juin 2016

 

Un dimanche de juin en 2016.
Orlando…50 personnes sont mortes dans un bar Gay.
53 autres sont gravement blessées.
Un crime purement homophobe!

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Je pensais demeurer calme…Mais la converse entre deux amis Facebook fait pleurer mon coeur d’enfant. Je regarde Mickey…Ca me fait peur ce qui se passe à Orlando. Ce sont nos enfants. C’est nous-autres. Mes amis gay- LGBT. Que j’aime profondément! On raconte un peu partout qu’il va falloir rêver à un monde meilleur pour que cette violence cesse.
Rêver. Rêver… Je veux bien.
« Rêver à un impossible rêve… »c’est ça. Brel le chante!
Est-ce qu’on pourrait juste arrêter de rêver qu’il y a un bon dieu qui nous attend en haut avec des anges! Dans son paradis…Est-ce qu’on pourrait juste regarder les fleurs pousser et se contenter d’apprécier la force de la Nature!
Et se dire qu’il y a quelque chose de spirituelle qui nous habite. Une petite voix qui sonne LE BIEN. Ca résonne comme l’amour; du verbe Aimer. Comme Aimons-nous les uns les autres. POINT!
Est-ce qu’on pourrait juste se remettre tout le monde- en question? VIVRE L’amour. Et FAIRE l’amour!

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Je Crois…
Mais je ne crois plus aux religions. C’est tu clair?
Elles font mal aux hommes! Dieu, Allah et les autres inventions…Elles sèment la discorde. Elles enragent des faibles d’esprit. Elles en manipulent d’autres! Déclenchent des guerres. Fait acheter des armes. Les religions font du mal aux femmes, aux gays, aux divorcés… Elles sont remplies de préjugés! De faussetés. De voiles et de gugusses! Elles sont gérées par des hommes en pénis! Pour le pouvoir! On se demande ensuite pourquoi on tue? Je suis tanné de tout ça. Et du pape aussi…qui fait rien pour adoucir ça. Quand est-ce que le pape Francois va se prononcer? Quand est-ce que le pape va dire que l’homosexualité est humaine, juste, vivante. Et que nous l’acceptons. Comme nous acceptons les autres! C’est qui les autres? Nous ou eux?
Pourquoi pensez-vous qu’un débile tue? Parce qu’il s’est enragé devant deux hommes qui se sont embrassés? Il déteste les hommes qui ne sont pas comme lui. La société l’a éduqué comme ça le malade. Sa religion aussi.
P O U R Q U O I? (Je m’étais pourtant promis de rester calme ce soir…bout de crisse)
Silence…

Désolé Mickey…Le monde est fou!

Humain

Jean-Guy…L’invraisemblable suite de l’histoire de mon beauf!

6 juin 2016

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J’aurais préféré.
Tellement du fond du coeur que l’histoire de Jean-Guy, mon beauf, se termine normalement… Qu’elle s’arrête jeudi dernier.
Mais bon. J’ai raconté ça ce matin à la radio .
Jean-Guy serait bien MORT de rire d’écouter ça. Le connaissant.

Vendredi, 3 juin. Le lendemain de sa mort.
Un autre rendez-vous pour Jean-Guy. Celui là à 16h00
Ma nièce et ma soeur m’ont demandé de les accompagner pour rencontrer l’entreprise funéraire. Quand tu prépares la date de ta mort, tu prépares aussi tes arrangements funéraires. Les dernières volontés de Jean-Guy étaient claires. Mon beauf voulait ça simple. Pas d’exposition de son corps. Vous m’avez assez vu! Incinéré. Une cérémonie de la parole. Pleurez pas trop surtout. Rien de triste. Amusez-vous! Mangez! Prenez un verre. Riez avec la vie! Gardez la famille réunie!
Jean-Guy c’était ça.
Nous arrivons donc au Complexe  Funéraire J D Garneau du boulevard Saint-Laurent à Trois-Rivières.
Bien accueilli. Le directeur de la maison, un chic type ,nous attendait.
L’endroit est beau. Grand. Une musique douce flotte dans l’air.
Nous montons au deuxième étage.
Bien reçus dans une pièce autour d’une grande table.
L’endroit est chaleureux. Tu sens bien que tu n’es pas dans une maison de naissance.
Les images sont fortes. Mais c’est correct.
Et là. Monsieur arrive.
Les présentations. Les condoléances.
Je lui demande: Est-ce que Jean Guy est arrivé?
Je sentais qu’il se passait quelque chose…
Puis monsieur nous demande:

A-t-il changé beaucoup votre mari depuis les derniers temps?
-Non lui dit ma soeur.
-Pas du tout  rajoute sa fille.
Moi. Je suis confus. Très confus. Je ne saisis pas ce qui se passe. Mais j’ai un doute.
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Humain

Rendez-vous de fin de vie; Jeudi 10h30

1 juin 2016

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Mon beau-frère Jean Guy va mourir jeudi.
C’est vite comme demain.
J’écris ce texte dans sa chambre d’hôpital.
Sur une musique d’André Gagnon.
Sa femme est au chevet de « son chéri. »
C’est ma soeur.
Sereine. Bien. Calme.
Sa fille est toujours là aussi.
Jeudi 10h30. Ce sera la fin de vie de Jean-Guy.
En pleine saison des lilas. Quand le printemps sent bon.
Jeudi 10h30. Entouré des siens.
C’est le rendez-vous que le médecin lui a donné pour partir…
Jean-Guy a choisi bien sereinement son rendez-vous.
Jean-Guy sera la 8e personne dans cet hôpital de la Mauricie qui aura pris LA décision de mourir depuis l’adoption de la loi. Et pour le médecin qui va administrer le fameux sérum du bonheur éternel, ce sera aussi pour lui, SA première fois.
Il lui a dit: « Monsieur je serai avec vous.
Jusqu’à la dernière seconde. »
Jusqu’à la fin de votre dernière seconde de vie. »

Jean-Guy lui a dit: Merci.
Toujours conscient, mais fragilisé et rongé par la maladie.
Mon beau-frère a demandé, il y a trois jours, de recevoir des soins de fin de vie.
L’aide médicale à mourir.

Ca discute pas mal de ça au parlement canadien ces temps-ci.
Il y a les  pours. Les contres. Les indécis. Et nous…
Nous qui respectons d’abord le choix de Jean-Guy.
Alité. Sans force. Il a demandé de l’aide pour partir en paix.
Dans sa condition, on ne peut pas dire non.
Oui. Il sera parmi les dizaines de personnes du Québec à choisir de vivre le voyage ultime, depuis l’adoption de la nouvelle loi.
Son choix.
Et moi
Je ne pensais pas que j’allais vivre aussi rapidement, avec un proche bien aimé, nos familles, le processus d’un accompagnement de fin de vie.
Un processus qui nous questionne. Nous rassemble. Nous fait raconter le meilleur de l’autre. Un processus qui nous fait creuser dans le respect de la vie. De nos vies.
Un processus qui demande du respect tout court.
Parce que…
Etre d’accord avec la loi de fin de vie. C’est une chose.
Mais.
Recevoir l’appel de ta soeur qui te dit que son « chéri » partira un jeudi à 10h30
Eh bien!
C’est la première fois que la vie me donne un rendez-vous avec sa fin!
C’est ça qu’il faut apprendre je crois.

Ce soir encore. Jean-Guy est conscient. Sa voix est faible. Mais elle peut encore nous faire rire. C’est un farceur mon valeureux beauf! Il a des expressions dans son langage cru qu’on ne peut répéter!
Mais qui nous font encore tellement rire!

Nous savions que Jean-Guy désirait ne pas étirer sa fin pour rien.
Vendredi dernier. Seul avec. Main dans la main.  Nous discutions ensemble.  Et je comprenais bien son souhait de ne pas traîner et s’étioler comme une fleur fannée.
J’était bien d’accord avec lui.
Atteint des cancers du foi et des poumons depuis quelques mois. Après avoir tenté de passer au travers d’un cancer du pancréas qu’on lui a retiré. Depuis trois ans, mon beau-frère de 67 ans, a lutté pas mal pour sa vie. Il s’est rendu trois fois en Allemagne à la clinique du Docteur Thomas Vogl pour prolonger son temps.. Jean-Guy voulait tout essayé pour gagner du temps. Mon beau-frère pense bien que le docteur allemand et ses traitements par micro-ondes lui ont procuré au moins quelques jours de plus. En tout cas, me dit-il, il ne regrette pas d’y être allé.
Jean-Guy voulait vivre. Mais VIVRE debout.
Alors n’allez pas pensé qu’il n’a pas essayé. Ou encore que c’est par manque de courage qu’il a décidé de ne pas aller jusqu’au bout de sa mort naturelle qu’on aurait engourdi, de toute manière, dans son inconscience.
Non. Il a préféré le temps des lilas pour partir.
Le savait-il?
Non
Mais ça sent bon une fin de vie choisie comme ça.

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A sa demande. Il souhaite rester le plus longtemps possible. Conscient. Jusqu’à demain. On soulage sa souffrance. Mais il préfère endurer un peu…Pour demeurer conscient. Pace qu’il faut rester un peu conscient pour arriver à la ligne du départ…
Mon beau-frère veut garder sa vie allumée jusqu’au bout de son ultime départ.
Jusqu’au bout de ses forces. Au bout du plus beau du conscient.
J’ai eu le privilège d’en jaser ouvertement avec lui.
Jean-Guy a été tellement généreux avec moi.
Je voulais savoir comment on décide? Comment on fait?
C’est pour ça que j’écris ce texte. Non pas pour exprimer une peine.
Non.
Simplement pour mieux comprendre.
Entrepreneur.
Ce simple chauffeur de camions
et maître des plus grosses pelles mécaniques explique SA vie comme un grand philosophe.
Je le trouvais inspirant quand il me disait qu’il avait tout donné pour aller au bout.
Pour une fois que c’était la vie qui devancait la Mort.
Et non l’inverse.
Je trouvais ça inspirant à écouter.
J’ai remercié Jean-Guy de dessiner pour nous , sa famille, le possible chemin que nous pourrions emprunter. Si un jour…
Si comme lui, la maladie changeait définitivement notre destin.
Et qu’on décidait de choisir l’aide médicale à mourir.
Il me semble que je serai plus solide à cause de Jean-Guy
A cause d’un simple chauffeur de pelle mécanique…
Comme quoi des fois, les plus simples sont les plus grands.
Il souriait quand je lui disais ça.
Il me prenait la main. Puis on se serrait. Deux fois comme ça.
Pour un vrai gars comme lui c’était pas coutume.
De serrer un autre gars:-)
J’ai ressenti sa tendresse.
Et ça la tendresse. C’est ce qu’on peut ressentir le plus.
Surtout. Quand on est conscient comme ça jusqu’à la fin.

-Je lui ai demandé s’il avait peur de mourir. Non me dit-il.
-Je lui ai demandé s’il pensait avoir pris la bonne décision.
-Oui. La meilleure de ma fin de vie.
-C’est pour ça que j’ai voulu vous voir. Tous à la maison. Une dernière fois aujourd’hui.

Hier. Mon beau-frère a rassemblé toute sa famille . Dans sa maison. Nous avons levé un verre à sa vie.
On se racontait nos souvenirs.
Habituellement. On regarde quelqu’un mourir.
Là. On le regardait nous choisir.

Les lumières se ferment dans l’hôpital.
Sa femme.
Elle crée le calme qu’il faut pour se rendre jusqu’au bout.
« Chéri veux-tu de l’eau? »
Leur amour simple et pur de 45 ans oxygène la chambre.
Sa fille est sa plus grande aidante.
Elle est son ange gardien.
Et. C’est elle qui va lui poser les ailes.
Son gendre le regarde avec douceur. Il réconforte.
Les médecins et le personnel soignant sont discrets.
Les familles sont aidantes.
Mélange de rires et de larmes.
C’est normal.
Nous ne sommes pas habitués à des fins comme ça.
Nous apprenons encore…
Comme les petits enfants qui apprennent à dessiner mais qui savent comment aimer sans expliquer.
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Nous apprenons comment vivre la fin d’une Vie.
Jean Guy n’a pas choisi la fin de sa mort.
Il a choisi…La fin de sa vie.
Et je vous dirais sincèrement. C’est Beau La Vie!
Quand on la choisit comme lui. LA VIE.
Jeudi dix heures et demi. Demain.
Elle sentira bon la vie…Les lilas seront fleuris.

Je lui ai dit à Jean Guy.
Tu sais mon ami, ta famille ne verra plus jamais les lilas comme avant.
Tu sais mon ami. Quand on regardera une talle de lilas.
On pensera à toi… Pour la vie!
Bonne nuit…
A jeudi! 10h30

 

Avant de quitter la chambre, j’ai lu mon texte à Jean-Guy...Je me suis approché.
Avec
toute la force qui lui reste, il m’a embrassé.

Ce matin, en plubliant mon texte, nous apprenons que Le Parlement d’Ottawa a adopté la loi pour l’Aide Médicale à Mourir. Le Sénat maintenant…Le Sénat mon Jean-Guy. Tu sais ce qu’on en pense toi et moi:-)

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