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avril 2020

actualité Humain

Mon ras-le-bol

15 avril 2020

Ce soir, on dirait que j’en ai ras-le-bol de voir aller tout ça.
De voir qu’il faut encore tirer après les oreilles de uns et des autres pour qu’ils aillent aider des gens qui n’en peuvent plus dans les CHSLD. Et les vieux meurent. Et des vieux ont peur…
Mon bol est plein. Et j’ai peur aussi que le poison entre chez-nous.
Avant que les « calisse et les tabarnak » se promènent trop sur ma langue dans ce temps-là, je cherche un sens à mes mots. À mes maux. Et j’écris.
En premier , j’ai cherché l’expression; « en avoir ras-le -bol! »
Et je suis arrivé ensuite sur le mot « bol ». J’ai atterri sur l’art des bols japonais. Je ne connaissais pas ça. Mes cours d’histoire de l’art sont loin ces jours-ci.
Au XVe siècle, un chef de guerre casse son bol préféré en buvant son thé. Le bol est retourné en Chine pour être réparé, mais le bol est revenu mal rafistolé. Alors le chef japonais demande à ses artisans de réparer le bol de manière plus artistique. C’est un peu là qu’est né l’art des bols japonais qui consiste à recoller les morceaux en soudant les jointures avec de la poudre d’or. On appelle ça l’art du kintsugi. Et la philosophie derrière ça c’est que, le bol devient plus beau. Plus solide. Plus précieux qu’avant le choc. Mettons que la crise sanitaire que nous vivons présentement, ressemble pas mal à un bol. Il vient de vivre un méchant choc.
Nous sommes une société cassée.
Demain ou je ne sais pas quand encore,
on va devoir ramasser les morceaux des pots cassés.
Un par un.
Réparer. Souder. Avec soin.
Après s’être distancés pour les bonnes raisons.
Va bien falloir se recoller avec le coeur.
Et saupoudrer sur nos blessures de la poudre d’or.
Mais le plus merveilleux dans mon ras-le-bol.
En fouillant plus loin, je suis arrivé sur la chanson de Peter Mayer
Japeneeze Bowl.
J’ai regardé ça.
J’ai mis du sens à mon ras le bol.
Et je me suis mis à rêver la beauté de nos fissures.
Écoutez…mon ras-le-bol.

« Je ne suis plus ce que j’étais…
J’ai des fissures que vous pouvez voir. Voyez comme elles brillent d’or »

Humain

Dernière lettre à mon vieux

14 avril 2020

Comme ça mon vieux, t’as décidé d’arrêter.
Assez c’est assez. Je t’entends le dire.
Aujourd’hui lorsqu’on t’a apporté tes médicaments, tu as dit non. C’est terminé. La semaine passée je pensais bien que les racines de la vie s’entortillaient après toi. Tu étais sorti des soins palliatifs. Pis une nuit mon vieux toryeu, tu t’es levé. Mais je le sais pourquoi? T’as jamais été capable de te laisser aller dans ta culotte. Je peux te comprendre. Trop faible comme de raison. T’es tombé et puis tu t’es fait bien mal. C’était le coup fatal! Et là ce soir, t’es alité depuis 3 jours, dans une chambre spéciale. Et tu as décidé de dormir là jusqu’au bout de ta vie. Aux soins palliatifs du CHSLD de mon village. Un bon CHSLD celui-là.
Avec du monde que tu connais en plus. Du monde de ton village natal, Saint-Stanislas qui travaille là.
Ca doit être bon de s’endormir pour tout le temps avec du monde qu’on connaît. Je te dis que c’est pas tout le monde qui a cette chance-la ces jours-ci.
Si tu savais mon beau vieux…

Maintenant. Dans ton dernier lit, tu dors là avec comme seul bonheur pour soulager ton corps, tes doses de morphine. Ca fait que , comme on ne peut pas aller te voir à cause du maudit virus, j’ai décidé ce soir,de t’écrire un mot comme dans
« Au clair de la lune, mon ami Pierrot… ». De t’écrire une dernière lettre pendant que tu peux encore entendre notre amitié que ta fille va lire pour nous.
Imagine mon beau vieux que je te chante, Au clair de la lune. Je le sais que tu vas trouver ça drôle. Je te vois encore rire quand je niaisais au piano! Je suis toujours bien pas pour te chanter Le Rapide Blanc; ma version adulte!:-)

Oui c’est ça. Je me suis dit que j’allais t’écrire avant que tu te renfermes pour de bon dans le corridor du grand départ. Je me suis dit qu’il vaut mieux entendre l’amour quand on a les oreilles qui marchent. Et le coeur encore battant. Je me suis dit que tu serais content de savoir que tu as été pour nous un homme d’exception. Un grand résident qui comprenait notre entreprise dans les temps difficiles que nous vivons. Et qui appréciait ce qu’on faisait pour lui et pour les autres. Et ça mon beau vieux, tu sais pas comment , ça faisait du bien à Claire quand tu lui disais, le soir aux médicaments, combien tu la trouvais patiente pis aimante avec tout le monde dans la maison.
Ca faisait du bien dans notre équipe un homme comme toi.
T’avais peur que le maudit virus se faufile dans notre maison. Et un matin, tu nous as demandé la permission de mourir dans notre résidence si jamais… C’était le matin ou ton médecin t’a appelé pour te demander si on allait te réanimer si le virus t’attaquait. Tu as dit non…Et je me souviens quand tu m’a répété ça, les yeux dans l’eau.
Tu venais d’appeler ta femme pour lui dire aussi.
Depuis ce jour-là, épuisé dans tout ton corps, tu t’es laissé aller mon beau vieux.
On respecte ça. Oui on respecte ça un homme comme toi.

Ce soir, avant de me coucher, j’ai décidé de t’écrire cette dernière lettre mon grand bonhomme.
Pour te dire toute notre amitié avant de fermer les yeux dans ton dernier silence. Et déposer dans le creux de tes oreilles toute la tendresse que nous avons pour toi.
Et te le dire pendant que tu es toujours là.
Ce qui est important mon vieux, c’est pas de savoir quand est-ce que tu vas mourir?
Un jour. Tout le monde meurt mon beau vieux.
Et ces temps-ci, la mort en attrape plusieurs comme toi!

NON
Ce qui est important pour nous dans cette lettre,
c’est que tu entendes notre amour.
Et que tu le saches éternellement, pour
le reste de TES JOURS mon beau vieux.

DORS bien…
Nous t’aimons.

Claire et Daniel.
La villa Saint-Narcisse.

Jacques Veillette est présentement aux soins palliatifs du CHSLD Saint-Narcisse.
Il demeurait avec nous depuis novembre 2019

Humain

Salut mon vieux

9 avril 2020

Quand j’ai pris mon café avec toi ce matin,
je me doutais bien que c’était la dernière fois qu’on se voyait ici dans la maison.
Les derniers jours ont été difficiles pour toi mon vieux.
La dernière nuit chez-nous a été un enfer aussi.
Tes reins te jouaient des tours. Tu cherchais ton souffle.
Et t’avais peur aussi que le virus vienne bouffer le petit peu de bon qui leurs restait.
Mais c’est pas le virus! C’est ton corps bien usé qui suivait plus.
T’étais un peu fatigué ces derniers temps.
Quand j’ai pris mon café avec toi ce matin, je t’ai donné une bouchée de pain. Un peu de force parce que tu n’avais pas faim. Tu m’as demandé de boire un peu de café. Je tenais ta tasse tellement tu étais faible.
T’étais bien silencieux mon vieux, quand j’ai pris mon café avec toi.
Claire m’avait demandé de t’accompagner
parce qu’elle se doutait bien que
tu ne coucherais pas avec nous ce soir…
Et ta famille si aimante, ne pouvait pas venir te voir.
C’était ton dernier matin dans notre résidence. J’étais triste de ça.
Parce que j’aimais ça jasé avec toi. T’étais de notre temps !
Je le sais mon vieux.
La journée n’a pas été facile pour toi. Trop longue.
Les yeux fermés dans les médicaments qui t’engourdissaient.
Je t’ai vu partir avec l’ambulance tantôt. J’étais là quand ils
t’ont soutenu pour te coucher sur la civière.
Hier en discutant avec le petit peu de paroles
qui te restait dans ton souffle court,
tu me disais que tu étais au bout de tes forces.
Je te trouvais triste quand tu me disais ça.
Je sentais que tu n’avais plus le goût de te battre.
Je t’ai dit mon vieux . Si tu pars. Si tu nous quittes.
Je te demande juste une chose…
De partir la tête haute.
Tu mérites pas de partir triste toi. Oh non!
Quand tu t’es couché sur la civière tantôt.
Avant de partir pour occuper une chambre
à l’aile palliative du CHSLD du village,
je t’ai salué. Tu t’es levé la tête mon vieux.
Et tu m’as soufflé un petit salut au bout des lèvres.
Je t’ai dit: « Ça va bien aller »
Et t’es parti en roulant sur la galerie…
C’est tout ce que je voulais mon vieux!
Que tu partes pas la tête en bas.
Mais la tête en haut!
Avec un ciel bleu au-dessus toi.

Ah oui! L’autre jour, tu m’as montré une photo de toi quand tu étais jeune.
C’était le temps ou les gens affichaient leur jeunesse sur Facebook!
Tiens mon vieux des 90 hivers!
Tu seras sur Facebook dans mes amis…pour toujours!

Passe une bonne nuit…
Et pars quand tu veux!
Ou reviens si tu peux.
Si je pleure. Ben oui

Je t’aime
Salut mon vieux!

(Mon vieux, est actuellement aux soins palliatifs)

DES NOUVELLES DE MON VIEUX
Je vous dirai pas tout… Mais pour une raison bien spéciale,
mon vieux s’est réveillé ce matin. Mieux qu’hier…
C’est l’effet de Pâques ou quoi ?
Cette nuit, y’a un ange qui l’a accompagné. Toute la nuit!
Elle avec! Elle lui a parlé dans la face.
Je vous dirai pas tout encore…
Mais je vais lui dire que vous pensez à lui.
Et qu’il y a plein de monde qui l’aime. Mon vieux!
Y vous a peut-être tous ressenti.
Même s’il ne veut pas d’acharnement pour rester en vie!
Ce matin le vieux, y’a mangé une banane. Y’a avalé du gruau et bu son café!
Ca doit l’effet de Pâques qui fait ça!
Christ!
Mon vieux est en train de ressusciter!
Vive les vieux de Pâques!

Son nom: Jacques Veillette, Saint-Stanislas.

actualité Humain

LES OUTARDES 2020

3 avril 2020

 

Les outardes 2020 sont de retour dans le ciel.
y’en reviennent pas de voir le silence d’en bas!
Y comprennent pas non plus que l’air d’en haut soit si pur.
Le monde a déjà changé.
Les outardes sont de retour dans le ciel.
L’autre jour au-dessus des parcs. Et des grandes rues.
Elles ne savaient plus ou donner
de la tête pour ne pas nous chier dessus.
Tellement y’avait de monde qui avait repris le goût de l’air!

Elles n’en revenaient pas les outardes.
De voir des gens qui se promenaient à deux bras des autres.
Comme des soldats qui respectaient les consignes.
Si elles s’en doutaient les outardes?

Peut-être!

Tu imagines. T’es une outarde dans la file.
Tu regardes en bas toi.
Et tu vois ceux-là qui se foutaient du confinement.
Et qui sortaient sans scrupule.
C’est assez pour qu’une outarde fasse un tête à cul dans le ciel!
Et que l’autre en avant fasse pareil.
Têtes à culs.
Un carambolage d’outardes en plein ciel.
De voir les têtes heureuses en bas!

« Allez les outardes!  Filez! Et déféquez en masse  sur eux-autres pour 
qu’ils rentrent à l’maison au plus  maudit, 
les derniers « petits pas fins »

La différence entre nous-autres et les outardes.
C’est que nous-autres, on marche pas toujours pour vivre la solidarité.
Ah ces jours-ci, nous sommes beaux à voir.
On sort. On marche un peu.
Pour pas virer fou tout seul. À deux.
À trois. Ou à quatre!
On marche pour oublier notre peur. Et dans le fond,
pour camoufler notre peur de l’attraper.
Pas pour mourir…
Parce que c’est juste les « vieux vieux » qui meurent!

La différence entre nous-autres et les outardes.
Les outardes elles! Elles supportent les plus âgées.
Quand elles volent ensemble! C’est pour vivre.
Et survivre! Les plus jeunes comme les plus vieilles.
Quand elles fendent le ciel,
C’est pour aller plus loin.
Elles se supportent les unes les autres.
Si nous nous étions inspirés plus vite de la leçon des outardes
dans cette pandémie.
Nous aurions compris qu’il valait mieux rester le plus possible à la maison
au lieu de faire des files inutiles sur les trottoirs et dans les magasins,
quand ce n’était pas nécessaire.
Si nous avions imité la sagesse des outardes,
nous aurions appris qu’il valait mieux,
rester dans le nord de notre maison quand on revenait du sud…
Et attendre que le sud se réchauffe pour sortir!

Imitons les outardes la prochaine fois
et ça bien aller!
À moins que la prochaine fois…
Il ne reste plus rien que des outardes.

actualité

Lettre au PM Francois Legault

1 avril 2020

Monsieur le premier ministre,

Pas besoin de vous rappeler aujourd’hui toute l’admiration
que le peuple québécois vous porte présentement.
Merci à vous.
À votre solide ministre de la santé et à l’extraordinaire docteur
Arruda qui nous rassure à chaque jour avec son indéfectible confiance d’y arriver.
Sans oublier sa fougue aimante pour aplatir cette damnée courbe en se lavant les mains et en suivant ses consignes à la lettre.
Nous sommes propriétaires d’une petite résidence pour personnes âgées.
Aujourd’hui en regardant votre point de presse,
nous apprenons que plus de 500 résidences pour ainés au Québec sont infectées de la Covid19. Le chiffre nous ébranle.
Nous connaissons tous maintenant la vitesse à laquelle ce virus fou voyage.
Parce qu’encore trop de gens ne prennent pas au sérieux le confinement.
L’arme humaine la plus solide que nous possédons présentement pour combattre l’ennemi invisible.
Nous étions heureux aujourd’hui d’apprendre que nous limiterons le nombre du personnel de la santé ou travailleurs
qui entrent avec tant de dévouement dans nos résidences. C’est un souhait que nous avions formulé à la ministre des ainés, il y a deux semaines. Merci. Ça et le port des masques quand obligatoirement pour des soins, le personnel doit s’approcher de la personne âgée.

Maintenant.
Devant l’ampleur de cette tragédie dans nos résidences, serait-il possible de penser à
étendre le test du CoronaVirus à tous les ainés du Québec qui demeurent présentement en résidence?
À eux qui peuvent en mourir. Et à tout le personnel qui gravitent autour de cette clientèle très vulnérable au virus.
Question de tracer une ligne claire actuellement et prendre ensuite, toutes les mesures qu’il faut pendant qu’il est encore temps.

Nous comprenons bien la complexité d’un tel processus.
Mais. Il est plus qu’urgent de trouver un moyen pour stopper l’hémorragie virale qui s’est déjà trop infiltrée
sournoisement dans des résidences pour aînés au Québec .

Merci encore pour tout.
Nous sommes chanceux que vous soyez là.
Et nous sommes AVEC VOUS et votre équipe monsieur le premier ministre.

Bien à vous,

Claire Bédard
Daniel Brouillette
Propriétaires Villa Saint-Narcisse
Résidence pour ainés autonomes et semi-autonomes.


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