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Daniel Brouillette

Humain Humain

La page 250

14 juin 2020

Il y a des moments dans la vie qui sont plus marquants que d’autres… Comme le lancement d’un premier roman…Et c’est ce qui s’est produit dans ma vie cette semaine. Je vous en parle.
Mercredi le 10 juin 2020.
Je me souviendrai longtemps de cette fois. Quand j’étais dans mon salon sur la rue principale de mon village. Assis sur le vieux banc de piano dans l’histoire du roman. Oui le banc de la demande en mariage d’Oscar à Rita. Là pour annoncer sur ma page FACEBOOK la sortie officielle de mon premier roman avec les éditions Librex.
Le Dernier Je t’aime.

La pandémie historique que nous traversons nous a obligés à recréer les choses. À repenser nos manières de faire. À s’adresser à des gens que nous ne voyons pas mais qui sont au bout de leurs appareils pour nous regarder et nous entendre. C’est ce que j’ai fait ce soir-là. Je parlais tout seul dans mon salon. Ma langue dérapait aussi. Moi qui aime le public. Le public m’alimente et m’allume. Il fallait oublier ça. Alors je me suis imaginé un public. Pour y arriver, j’ai décidé de bricoler des humains en chaînes avec des feuilles de papier blanc. Puis en découpant mes invités en papier, je me suis rendu compte que je bricolais juste en blanc. Toujours en blanc. Je découpais tout ça devant la télévision qui jouait et qui montrait les images des funérailles de George Floyd, tué à Minneapolis par un policier blanc qui l’a étouffé avec son genoux.
Conséquences d’un racisme qui poignarde toujours l’humanité. Notre humanité.

Puis.
Je relisais une ligne de mon roman à la page 250…Ou je parlais de Martin Luther King et de sa mort survenue deux mois avant celle de Rita. En avril 1968. Et je me disais en bricolant…
Crime! Ca fait 52 ans de ça et nous en sommes encore en train de se battre en plein jour et de bafouer notre semblable parce que sa peau est de la couleur du ciel qui fait briller les étoiles. Et je sacre encore. Je suis désolé.
C’est là que j’ai décidé d’arrêter de bricoler en blanc et de découper en noir.
J’ai déposé sur la queue de mon piano des humains en papier noir et des humains en papier blanc. Vous-autres. Je collais des blancs avec des noirs. Et je me suis promis de ne plus jamais bricoler dans ma tête, des humains avec seulement le papier blanc. Il est grand temps de se bricoler un monde en blanc et en noir et d’apprendre à se recréer!

Et je vous imagine encore dans ma tête pour recréer le monde…

Maintenant. Permettez-moi, une toute dernière fois, promis! De vous repartager ma vidéo de lancement pour remercier, cette fois-là, les équipes de FYVE MÉDIA et SHOP STUDIO. Et de tout coeur les artistes et les artisans de cette exceptionnelle production pour recréer un lancement de livre.
Les images. La musique. La voix de Roxanne…Tout!

Vidéo de lancement du roman de Daniel O Brouillette. Le Dernier Je t’aime


Je regarde ça.
C’est tout simplement tendre et admirablement beau…
Merci Yan ,Nathalie, Roxane, Vincent et Yannick.

Je vous aime.
Et ce n’est pas le dernier je t’aime que je vous écris…

actualité Humain

Le Dernier Je t’aime

7 juin 2020

Un premier roman pour Daniel Brouillette

François Houde

FRANÇOIS HOUDE. Le NouvellisteTROIS-RIVIÈRES —

Daniel Brouillette est bien connu pour ses implications dans la région et également son long parcours dans les médias tant en Mauricie qu’à l’extérieur. Le retrouver aujourd’hui comme écrivain pour un premier roman intitulé Le dernier je t’aimepeut être une surprise pour certains mais pour d’autres qui le connaissent bien, une suite logique de son parcours.

L’ouvrage est un roman à forte teneur autobiographique puisque le Narcissois y raconte les dix-huit mois de la maladie puis le décès de sa propre mère en 1969 alors que lui n’avait que 9 ans. Les souvenirs, souvent douloureux mais également lumineux, sont évoqués à travers le regard de l’enfant qu’il était. Derrière l’histoire d’amour familial se dessine également la vie typique d’un village mauricien d’il y a plus d’un demi siècle.

C’est un livre qui a occupé le nouveau-venu en littérature pendant quatre ans avec une dernière année plus intense pour donner au récit sa forme ultime qu’il présentera à partir du 10 juin, date officielle du lancement. 

«J’ai appris à écrire, clame modestement Daniel Brouillette, en travaillant notamment étroitement avec Christiane Asselin chez Libre Expression. Je ne suis pas un connaisseur des mots, bien que je prenne grand plaisir à ciseler les phrases, mais je voulais que mon roman fasse appel aux cinq sens du lecteur. Je voulais que ça sente, que ça goûte, qu’on voit les couleurs.»

Il a entrepris de raconter cette histoire pour son propre plaisir. «Tant de gens m’ont parlé de ma mère à travers les années et comme elle est décédée alors que j’étais bien jeune, mes souvenirs n’étaient pas toujours très nets. Je suis parti d’anecdotes que m’ont raconté de ses proches, de mes propres souvenirs et j’en ai inventé une partie tout en restant conforme à ce que je savais de la réalité. Tout n’est pas vrai mais tout n’est pas faux. J’ai romancé les choses pour offrir un récit intéressant et cohérent. Je me suis habité à neuf ans et j’ai emprunté les yeux et le cœur de ma mère, également.»

D’où vient cette volonté de raconter tout ça aujourd’hui, alors qu’il vient de passer le cap de la soixantaine? «Ma mère est morte jeune, au milieu de la quarantaine et quand j’ai passé cet âge moi-même, j’ai beaucoup pensé à elle; les sept enfants qu’elle a laissés derrière, sa souffrance qui a marqué ma mémoire mais aussi l’amour de mes parents l’un pour l’autre. J’ai eu envie de raconter tout ça parce que j’avais là une histoire riche et que j’ai toujours eu envie d’écrire; j’ai même rédigé un roman que je n’ai jamais publié dans ma vingtaine.»

Il offre dans ce bouquin l’image d’un autre siècle qui apparaît carrément comme un autre monde avec une médecine nettement moins outillée pour affronter le cancer, si terrible déjà que le seul mot était tabou sur la côte du Troisième Rang à Saint-Narcisse. Profondément attaché à son village natal qu’il habite toujours, Daniel Brouillette dessine les contours de la ruralité des années 60 avec bienveillance. 

Le récit des souffrances maternelles que la science d’alors était impuissante à atténuer fait forcément réfléchir à la pertinence de l’aide médicale à mourir désormais accessible. C’est un sujet que Daniel Brouillette a senti le besoin d’affronter dans son livre. «Ma mère disait vouloir mourir dans ses derniers temps tellement la souffrance était grande. Je me suis évidemment posé la question à savoir si elle aurait demandé l’aide médicale à mourir. Pendant la rédaction du roman, mon beau-frère, lui, l’a demandée. Ça a nourri ma réflexion et en écrivant, il est devenu très clair que je voulais aborder cette question.»

«Il n’a jamais été question d’écrire simplement un roman pour divertir. Je voulais qu’il contienne une réflexion sociale, que les gens soient interpellés sur des questions qui nous concernent tous. Est-ce que, moralement, la souffrance terrible qu’a été celle de ma mère était nécessaire?»

Questionné à savoir si tisonner des souvenirs, parfois douloureux, a pu lui permettre de faire la paix avec certains aspects de son enfance, Daniel Brouillette hésite. «Est-ce que ça m’a permis de régler des choses? Je dirais que oui. Quand j’ai écrit sur les derniers moments de ma mère, j’ai vraiment plongé dans des souvenirs douloureux et j’ai pleuré ma vie. L’objectif n’était pas de faire pleurer les gens mais personnellement, en toute honnêteté, je ne pouvais pas ne pas affronter cette peine de front. Je n’ai pas encore mesuré tout ce que ça m’a apporté profondément, mais ça m’a fait du bien.»

Dans Le dernier je t’aime, la peine n’est jamais esseulée. Elle a pour compagne ses contreparties, pas forcément nommées mais indubitablement présentes : l’amour filial, celui d’un couple, la bienveillance de tout un village, les réjouissances traditionnelles, la musique, omniprésente. «J’aime explorer aussi bien l’extrêmement doux que l’extrêmement dur, dit l’auteur. L’un ne va pas sans l’autre, je pense.»

«C’est vrai que je m’aventure à des endroits en sachant que ça pourrait écorcher des gens mais je veux être fidèle à moi-même. Je n’ai pas écrit un roman pour le plaisir éphémère de lire une histoire oubliée une fois le livre fermé. Je me suis mis à la place du lecteur pour offrir un roman que j’aurais aimé lire.» 

Dans les circonstances que nous ne connaissons que trop bien, Le dernier je t’aime connaîtra un lancement hors normes. C’est sur la page Facebook de Daniel Brouillette qu’on pourra y assister le mercredi 10 juin à 19 h alors qu’il présentera en direct des extraits de son bouquin accompagnés de chansons puisque la musique est un élément de la vie de la famille qu’il décrit. 

Le bouquin sera disponible dans toutes les librairies de même qu’en ligne sur leslibraires.ca d’où chacun pourra le commander par l’intermédiaire de la librairie de son choix. 

Certains s’étonneront de voir que le livre est identifié à Daniel O. Brouillette. C’est simplement qu’un autre Daniel Brouillette est un auteur jeunesse bien établi et que le Narcissois voulait éviter la confusion. Pourquoi O? O comme Oscar, le prénom de son père. Les liens du sang sont indélébiles chez les Brouillette.

actualité Humain

Dix milles

27 mai 2020

On cherche 10 000 personnes qui savent aimer tout ça!

Chapitre 1

Nous cherchons 10 000 nouveaux préposés aux bénéficiaires! On va changer le titre et redéfinir un peu la tâche. Ca. C’est une bonne nouvelle en maudit.
Salaire annuelle: 47 000$ par année.
Ca aussi c’est une bonne nouvelle! C’est un salaire qui a pas mal plus d’allure et valorisant. Avec tous les avantages de l’Etat.

Chapitre 2

Maintenant pour faire ce métier…
Il faut aimer les gens. Il faut aimer les personnes âgées. Il faut aimer la fragilité et la vulnérabilité. Il faut savoir qu’il faut laver des prothèses dentaires, essuyer des fesses, torcher des culs. Il faut s’attendre à essuyer des bouches qui bavent. Des nez qui morvent. Il faut savoir qu’il faut laver. Sous les plis. Sous le scrotum. Dans la vulve.
Changer des culottes souillés.
Essuyer des cacas de grandes personnes par terre. Du pipi collé sur les jambes. Vomis. Change et rechange encore…
Ensuite.
IL faut savoir aimer. Savoir parler. Savoir écouter. Et savoir patienter…Répéter. Savoir répéter. Savoir aimer encore…
Savoir donner. Savoir se donner…Rire.
Savoir accompagner. Savoir voir la mort. Savoir que c’est la vie.
Et tout ça. Ça n’a pas de prix.
Si vous répondez aux critères du chapitre 2.
Vous pouvez passer au chapitre 1. Appliquez!
C’est un des plus valorisants et plus grands métiers humains du monde!

Il faut savoir aimer et RESPECTER LA VIE HUMAINE jusqu’au dernier chapitre de la vie…

Humain

Le dernier Poinsettia

1 mai 2020

LE DERNIER POINSETTIA DE MADAME ALMA

Madame Alma est décédée hier.
C’est comme ça chez-nous. La vie de nos « beaux vieux » nous surprend. La plus petite de nos résidantes est partie! On ne s’attendait pas à ça. Si vite!
Mais c’est comme ça chez-nous.
Pas de Covid, mais la vie poursuit son œuvre.
Depuis cinq jours, la frêle Alma de 91 ans ne filait pas. L’infirmière lui avait rendu visite dans la journée. Son médecin l’avait appelée. Son moral n’était pas à son meilleur. La mine plus triste aussi depuis le début de la pandémie. Moins d’appétit. Santé fragile. Nous pensons bien qu’une partie de son coeur s’est noyée dans l’ennui. Avant la terrible crise que nous traversons, son frère Welly, venait voir sa grande sœur tous les soirs. Et tous les soirs d’été, comme ça, près de ses géraniums au bout de galerie, ils jasaient, tous les deux, de leur vie dans le temps… Dans le beau temps de la famille Parent au bas de la grande ligne du village.
L’après midi, avant son départ, Claire a demandé à Welly de rendre visite à sa sœur. Pressentiment humanitaire! Lui, loin d’elle sur la galerie. Elle. Loin de lui dans son appartement. Claire a été témoin de leur dernière fois.
Welly est tellement heureux de ça. Au bout du fil, il pleurait. Mais il pleurait heureux d’avoir eu la chance de voir sa sœur adorée, la journée de sa mort. De la chance oui. C’est de la chance de nos jours de voir quelqu’un qu’on aime avant qu’il meurt. Dans ce temps ou c’est rare de mourir en tenant la main de quelqu’un qu’on aime…

C’était juste avant le repas.
Madame Alma s’est affaissée dans les bras de Claire. On m’a appelé pour les aider à relever la petite femme et la porter dans son lit. En attendant que l’ambulance arrive et que Claire termine de servir le repas à nos « beaux vieux », je suis resté près d’elle. J’ai étendu sa doudou sur elle et je lui parlais . Sa bouche s’entrouvrait à peine pour me dire quelques mots inaudibles. Sa respiration devenait de plus en plus difficile. Je lui tenais la main et j’effleurais son poignet pour sentir son pouls. Son coeur battait faiblement. Sur mon gant bleu je sentais la peau froide de sa main. Et la mort qui s’approchait hypocritement…
Je lui parlais. Je la rassurais.
Je lui parlais encore… Lui dire qu’on allait prendre soin d’elle. Je lui disais de se détendre… De prendre le temps qu’il faut pour respirer la paix. Ah oui! Que nous allions s’occuper de sa plante de Noel. Parce que madame Alma, c’est la seule de la maison qui pouvait sauver un Poinsettia de Noel après sa floraison.
Ses yeux et son regard plongeaient dans l’incertain. Le visage épuisé, Madame Alma préparait sa sortie… Depuis quelques jours, elle sentait venir ce départ. Mais on la retenait! La pandémie lui faisait si peur. Elle avait informé son médecin qu’elle ne voulait pas d’acharnement. Nous le savions. Jusqu’à l’arrivée des ambulanciers imposants dans leurs habits de Covid, la douceur d’une fin de vie flottait dans la dernière chambre du fond. Claire réconfortait SA madame Alma.

J’ai défait les boucles de ses souliers blancs.
Je les ai retirés de ses pieds.
Et j’ai placé les souliers de madame Alma
près de son Poinsettia à la fenêtre.
Maintenant, pour nous les Poinsettias ,
ils seront les fleurs de madame Alma.

Tendresse à la famille Parent.
À ses proches du bas de la grande ligne.
À ses amis de la résidence .

Pour toi Claire

actualité Humain

Mon ras-le-bol

15 avril 2020

Ce soir, on dirait que j’en ai ras-le-bol de voir aller tout ça.
De voir qu’il faut encore tirer après les oreilles de uns et des autres pour qu’ils aillent aider des gens qui n’en peuvent plus dans les CHSLD. Et les vieux meurent. Et des vieux ont peur…
Mon bol est plein. Et j’ai peur aussi que le poison entre chez-nous.
Avant que les « calisse et les tabarnak » se promènent trop sur ma langue dans ce temps-là, je cherche un sens à mes mots. À mes maux. Et j’écris.
En premier , j’ai cherché l’expression; « en avoir ras-le -bol! »
Et je suis arrivé ensuite sur le mot « bol ». J’ai atterri sur l’art des bols japonais. Je ne connaissais pas ça. Mes cours d’histoire de l’art sont loin ces jours-ci.
Au XVe siècle, un chef de guerre casse son bol préféré en buvant son thé. Le bol est retourné en Chine pour être réparé, mais le bol est revenu mal rafistolé. Alors le chef japonais demande à ses artisans de réparer le bol de manière plus artistique. C’est un peu là qu’est né l’art des bols japonais qui consiste à recoller les morceaux en soudant les jointures avec de la poudre d’or. On appelle ça l’art du kintsugi. Et la philosophie derrière ça c’est que, le bol devient plus beau. Plus solide. Plus précieux qu’avant le choc. Mettons que la crise sanitaire que nous vivons présentement, ressemble pas mal à un bol. Il vient de vivre un méchant choc.
Nous sommes une société cassée.
Demain ou je ne sais pas quand encore,
on va devoir ramasser les morceaux des pots cassés.
Un par un.
Réparer. Souder. Avec soin.
Après s’être distancés pour les bonnes raisons.
Va bien falloir se recoller avec le coeur.
Et saupoudrer sur nos blessures de la poudre d’or.
Mais le plus merveilleux dans mon ras-le-bol.
En fouillant plus loin, je suis arrivé sur la chanson de Peter Mayer
Japeneeze Bowl.
J’ai regardé ça.
J’ai mis du sens à mon ras le bol.
Et je me suis mis à rêver la beauté de nos fissures.
Écoutez…mon ras-le-bol.

« Je ne suis plus ce que j’étais…
J’ai des fissures que vous pouvez voir. Voyez comme elles brillent d’or »

Humain

Dernière lettre à mon vieux

14 avril 2020

Comme ça mon vieux, t’as décidé d’arrêter.
Assez c’est assez. Je t’entends le dire.
Aujourd’hui lorsqu’on t’a apporté tes médicaments, tu as dit non. C’est terminé. La semaine passée je pensais bien que les racines de la vie s’entortillaient après toi. Tu étais sorti des soins palliatifs. Pis une nuit mon vieux toryeu, tu t’es levé. Mais je le sais pourquoi? T’as jamais été capable de te laisser aller dans ta culotte. Je peux te comprendre. Trop faible comme de raison. T’es tombé et puis tu t’es fait bien mal. C’était le coup fatal! Et là ce soir, t’es alité depuis 3 jours, dans une chambre spéciale. Et tu as décidé de dormir là jusqu’au bout de ta vie. Aux soins palliatifs du CHSLD de mon village. Un bon CHSLD celui-là.
Avec du monde que tu connais en plus. Du monde de ton village natal, Saint-Stanislas qui travaille là.
Ca doit être bon de s’endormir pour tout le temps avec du monde qu’on connaît. Je te dis que c’est pas tout le monde qui a cette chance-la ces jours-ci.
Si tu savais mon beau vieux…

Maintenant. Dans ton dernier lit, tu dors là avec comme seul bonheur pour soulager ton corps, tes doses de morphine. Ca fait que , comme on ne peut pas aller te voir à cause du maudit virus, j’ai décidé ce soir,de t’écrire un mot comme dans
« Au clair de la lune, mon ami Pierrot… ». De t’écrire une dernière lettre pendant que tu peux encore entendre notre amitié que ta fille va lire pour nous.
Imagine mon beau vieux que je te chante, Au clair de la lune. Je le sais que tu vas trouver ça drôle. Je te vois encore rire quand je niaisais au piano! Je suis toujours bien pas pour te chanter Le Rapide Blanc; ma version adulte!:-)

Oui c’est ça. Je me suis dit que j’allais t’écrire avant que tu te renfermes pour de bon dans le corridor du grand départ. Je me suis dit qu’il vaut mieux entendre l’amour quand on a les oreilles qui marchent. Et le coeur encore battant. Je me suis dit que tu serais content de savoir que tu as été pour nous un homme d’exception. Un grand résident qui comprenait notre entreprise dans les temps difficiles que nous vivons. Et qui appréciait ce qu’on faisait pour lui et pour les autres. Et ça mon beau vieux, tu sais pas comment , ça faisait du bien à Claire quand tu lui disais, le soir aux médicaments, combien tu la trouvais patiente pis aimante avec tout le monde dans la maison.
Ca faisait du bien dans notre équipe un homme comme toi.
T’avais peur que le maudit virus se faufile dans notre maison. Et un matin, tu nous as demandé la permission de mourir dans notre résidence si jamais… C’était le matin ou ton médecin t’a appelé pour te demander si on allait te réanimer si le virus t’attaquait. Tu as dit non…Et je me souviens quand tu m’a répété ça, les yeux dans l’eau.
Tu venais d’appeler ta femme pour lui dire aussi.
Depuis ce jour-là, épuisé dans tout ton corps, tu t’es laissé aller mon beau vieux.
On respecte ça. Oui on respecte ça un homme comme toi.

Ce soir, avant de me coucher, j’ai décidé de t’écrire cette dernière lettre mon grand bonhomme.
Pour te dire toute notre amitié avant de fermer les yeux dans ton dernier silence. Et déposer dans le creux de tes oreilles toute la tendresse que nous avons pour toi.
Et te le dire pendant que tu es toujours là.
Ce qui est important mon vieux, c’est pas de savoir quand est-ce que tu vas mourir?
Un jour. Tout le monde meurt mon beau vieux.
Et ces temps-ci, la mort en attrape plusieurs comme toi!

NON
Ce qui est important pour nous dans cette lettre,
c’est que tu entendes notre amour.
Et que tu le saches éternellement, pour
le reste de TES JOURS mon beau vieux.

DORS bien…
Nous t’aimons.

Claire et Daniel.
La villa Saint-Narcisse.

Jacques Veillette est présentement aux soins palliatifs du CHSLD Saint-Narcisse.
Il demeurait avec nous depuis novembre 2019

Humain

Salut mon vieux

9 avril 2020

Quand j’ai pris mon café avec toi ce matin,
je me doutais bien que c’était la dernière fois qu’on se voyait ici dans la maison.
Les derniers jours ont été difficiles pour toi mon vieux.
La dernière nuit chez-nous a été un enfer aussi.
Tes reins te jouaient des tours. Tu cherchais ton souffle.
Et t’avais peur aussi que le virus vienne bouffer le petit peu de bon qui leurs restait.
Mais c’est pas le virus! C’est ton corps bien usé qui suivait plus.
T’étais un peu fatigué ces derniers temps.
Quand j’ai pris mon café avec toi ce matin, je t’ai donné une bouchée de pain. Un peu de force parce que tu n’avais pas faim. Tu m’as demandé de boire un peu de café. Je tenais ta tasse tellement tu étais faible.
T’étais bien silencieux mon vieux, quand j’ai pris mon café avec toi.
Claire m’avait demandé de t’accompagner
parce qu’elle se doutait bien que
tu ne coucherais pas avec nous ce soir…
Et ta famille si aimante, ne pouvait pas venir te voir.
C’était ton dernier matin dans notre résidence. J’étais triste de ça.
Parce que j’aimais ça jasé avec toi. T’étais de notre temps !
Je le sais mon vieux.
La journée n’a pas été facile pour toi. Trop longue.
Les yeux fermés dans les médicaments qui t’engourdissaient.
Je t’ai vu partir avec l’ambulance tantôt. J’étais là quand ils
t’ont soutenu pour te coucher sur la civière.
Hier en discutant avec le petit peu de paroles
qui te restait dans ton souffle court,
tu me disais que tu étais au bout de tes forces.
Je te trouvais triste quand tu me disais ça.
Je sentais que tu n’avais plus le goût de te battre.
Je t’ai dit mon vieux . Si tu pars. Si tu nous quittes.
Je te demande juste une chose…
De partir la tête haute.
Tu mérites pas de partir triste toi. Oh non!
Quand tu t’es couché sur la civière tantôt.
Avant de partir pour occuper une chambre
à l’aile palliative du CHSLD du village,
je t’ai salué. Tu t’es levé la tête mon vieux.
Et tu m’as soufflé un petit salut au bout des lèvres.
Je t’ai dit: « Ça va bien aller »
Et t’es parti en roulant sur la galerie…
C’est tout ce que je voulais mon vieux!
Que tu partes pas la tête en bas.
Mais la tête en haut!
Avec un ciel bleu au-dessus toi.

Ah oui! L’autre jour, tu m’as montré une photo de toi quand tu étais jeune.
C’était le temps ou les gens affichaient leur jeunesse sur Facebook!
Tiens mon vieux des 90 hivers!
Tu seras sur Facebook dans mes amis…pour toujours!

Passe une bonne nuit…
Et pars quand tu veux!
Ou reviens si tu peux.
Si je pleure. Ben oui

Je t’aime
Salut mon vieux!

(Mon vieux, est actuellement aux soins palliatifs)

DES NOUVELLES DE MON VIEUX
Je vous dirai pas tout… Mais pour une raison bien spéciale,
mon vieux s’est réveillé ce matin. Mieux qu’hier…
C’est l’effet de Pâques ou quoi ?
Cette nuit, y’a un ange qui l’a accompagné. Toute la nuit!
Elle avec! Elle lui a parlé dans la face.
Je vous dirai pas tout encore…
Mais je vais lui dire que vous pensez à lui.
Et qu’il y a plein de monde qui l’aime. Mon vieux!
Y vous a peut-être tous ressenti.
Même s’il ne veut pas d’acharnement pour rester en vie!
Ce matin le vieux, y’a mangé une banane. Y’a avalé du gruau et bu son café!
Ca doit l’effet de Pâques qui fait ça!
Christ!
Mon vieux est en train de ressusciter!
Vive les vieux de Pâques!

Son nom: Jacques Veillette, Saint-Stanislas.

actualité Humain

LES OUTARDES 2020

3 avril 2020

 

Les outardes 2020 sont de retour dans le ciel.
y’en reviennent pas de voir le silence d’en bas!
Y comprennent pas non plus que l’air d’en haut soit si pur.
Le monde a déjà changé.
Les outardes sont de retour dans le ciel.
L’autre jour au-dessus des parcs. Et des grandes rues.
Elles ne savaient plus ou donner
de la tête pour ne pas nous chier dessus.
Tellement y’avait de monde qui avait repris le goût de l’air!

Elles n’en revenaient pas les outardes.
De voir des gens qui se promenaient à deux bras des autres.
Comme des soldats qui respectaient les consignes.
Si elles s’en doutaient les outardes?

Peut-être!

Tu imagines. T’es une outarde dans la file.
Tu regardes en bas toi.
Et tu vois ceux-là qui se foutaient du confinement.
Et qui sortaient sans scrupule.
C’est assez pour qu’une outarde fasse un tête à cul dans le ciel!
Et que l’autre en avant fasse pareil.
Têtes à culs.
Un carambolage d’outardes en plein ciel.
De voir les têtes heureuses en bas!

« Allez les outardes!  Filez! Et déféquez en masse  sur eux-autres pour 
qu’ils rentrent à l’maison au plus  maudit, 
les derniers « petits pas fins »

La différence entre nous-autres et les outardes.
C’est que nous-autres, on marche pas toujours pour vivre la solidarité.
Ah ces jours-ci, nous sommes beaux à voir.
On sort. On marche un peu.
Pour pas virer fou tout seul. À deux.
À trois. Ou à quatre!
On marche pour oublier notre peur. Et dans le fond,
pour camoufler notre peur de l’attraper.
Pas pour mourir…
Parce que c’est juste les « vieux vieux » qui meurent!

La différence entre nous-autres et les outardes.
Les outardes elles! Elles supportent les plus âgées.
Quand elles volent ensemble! C’est pour vivre.
Et survivre! Les plus jeunes comme les plus vieilles.
Quand elles fendent le ciel,
C’est pour aller plus loin.
Elles se supportent les unes les autres.
Si nous nous étions inspirés plus vite de la leçon des outardes
dans cette pandémie.
Nous aurions compris qu’il valait mieux rester le plus possible à la maison
au lieu de faire des files inutiles sur les trottoirs et dans les magasins,
quand ce n’était pas nécessaire.
Si nous avions imité la sagesse des outardes,
nous aurions appris qu’il valait mieux,
rester dans le nord de notre maison quand on revenait du sud…
Et attendre que le sud se réchauffe pour sortir!

Imitons les outardes la prochaine fois
et ça bien aller!
À moins que la prochaine fois…
Il ne reste plus rien que des outardes.

actualité

Lettre au PM Francois Legault

1 avril 2020

Monsieur le premier ministre,

Pas besoin de vous rappeler aujourd’hui toute l’admiration
que le peuple québécois vous porte présentement.
Merci à vous.
À votre solide ministre de la santé et à l’extraordinaire docteur
Arruda qui nous rassure à chaque jour avec son indéfectible confiance d’y arriver.
Sans oublier sa fougue aimante pour aplatir cette damnée courbe en se lavant les mains et en suivant ses consignes à la lettre.
Nous sommes propriétaires d’une petite résidence pour personnes âgées.
Aujourd’hui en regardant votre point de presse,
nous apprenons que plus de 500 résidences pour ainés au Québec sont infectées de la Covid19. Le chiffre nous ébranle.
Nous connaissons tous maintenant la vitesse à laquelle ce virus fou voyage.
Parce qu’encore trop de gens ne prennent pas au sérieux le confinement.
L’arme humaine la plus solide que nous possédons présentement pour combattre l’ennemi invisible.
Nous étions heureux aujourd’hui d’apprendre que nous limiterons le nombre du personnel de la santé ou travailleurs
qui entrent avec tant de dévouement dans nos résidences. C’est un souhait que nous avions formulé à la ministre des ainés, il y a deux semaines. Merci. Ça et le port des masques quand obligatoirement pour des soins, le personnel doit s’approcher de la personne âgée.

Maintenant.
Devant l’ampleur de cette tragédie dans nos résidences, serait-il possible de penser à
étendre le test du CoronaVirus à tous les ainés du Québec qui demeurent présentement en résidence?
À eux qui peuvent en mourir. Et à tout le personnel qui gravitent autour de cette clientèle très vulnérable au virus.
Question de tracer une ligne claire actuellement et prendre ensuite, toutes les mesures qu’il faut pendant qu’il est encore temps.

Nous comprenons bien la complexité d’un tel processus.
Mais. Il est plus qu’urgent de trouver un moyen pour stopper l’hémorragie virale qui s’est déjà trop infiltrée
sournoisement dans des résidences pour aînés au Québec .

Merci encore pour tout.
Nous sommes chanceux que vous soyez là.
Et nous sommes AVEC VOUS et votre équipe monsieur le premier ministre.

Bien à vous,

Claire Bédard
Daniel Brouillette
Propriétaires Villa Saint-Narcisse
Résidence pour ainés autonomes et semi-autonomes.

actualité

DEUX LOUPS

28 mars 2020

ELLE, c’est la maman de Sylvie avec qui j’ai été l’école. J’ai du fun avec elle!
Dans l’autre appart, c’est la maman de la plus grande amie de Claire.
Une femme fière et gentille.
Là bas au bout, ce sont mes deux charmantes tantes.
Une chanteuse et une coquette.
La première s’est beaucoup occupée de moi après le décès de ma mère.
Le beau sourire, c’est la maman de Nicole qui était dans ma classe.
La plus courageuse de toutes ici.
Elle, c’est la voisine de Claire depuis qu’elle est toute petite.
La vieille centenaire.
Les amoureux, ce sont des gens qui nous connaissaient bien.
Le charmeur , c’est l’oncle d’un ami et d’une fille
avec qui j’ai fait mon secondaire.
Il voulait qu’on en prenne soin de son oncle,
comme nous avions pris soin de leur maman.
Y’a tué 27 orignaux dans sa vie « le mononcle »
Ah oui! Elle, c’est la montréalaise.
Son fils réside dans le paroisse et il voulait qu’elle soit près de lui.
Aujourd’hui , Claire c’est comme son ange!
Et la petite nouvelle qui est de l’autre côté de notre mur
qui sépare la résidence à notre maison,
c’est la bachelière qui nous a choisit!
Je l’appelle par son prénom la jeune !
Ca sonne comme de l’amitié pour elle.
La plus petite avec ses perruches,
c’est la maman d’un gars qui était dans la même année de Claire.
C’est l’éplucheuse en chef pour les patates!
La douce. C’est la maman d’un tel que je connais bien.
Du bon monde d’ici.
Et lui avec son chapeau, c’est le camionneur.
Son nom de camionneur c’était « carrosse ».
Le petit homme de 95, c’est le sucrier du jardin. Le liseur.
Il est parti de Montréal pour venir vivre avec nous-autres.
Pas loin, la délicate. C’est la tante de notre cuisinière.
Lui dans sa chaise. Un gars smart.
C’était le propriétaire du bar et du club quand j’étais jeune.
Puis avec son bolide sur la galerie,
c’est la courseuse quand elle était jeune.
Son gars nous connaissait bien aussi.
Et les deux dernières dans les chaises berçantes,
leurs familles voulaient que leurs mamans vivent chez-nous.
Voilà.
Nous formons une grande famille. Nous connaissons bien notre monde.
Tous les soirs quand la journée tombe,
Claire salue tous nos résidents. Un par un.
Pour les médicaments ou pour savoir si tout va bien..
Si je vous raconte tout ca ce soir, ce n’est pas pour vous émouvoir.
C’est pour vous dire que ces temps-ci,
nous sommes comme deux « body Gard »
qui veulent protéger comme deux loups, leur famille de vieux.
Nous sommes secondés d’une équipe de 4 employés.
Et des services infirmiers de notre milieu.
Nous sommes choyés .

Mais y’a des fois ou nous avons la chienne.
Oui la chienne!
Que cette maudite bibitte à ventouses nous attrape.
Et qu’elle rentre chez-nous la tueuse.
NOUS VOUS SUPPLIONS de respecter, sans bluffer,
les consignes de confinement pour ne pas
que le virus fatal atteigne les résidences de personnes âgées comme la nôtre.
La semaine sera dur. Ce sera la pire.
Il faudra être sur nos gardes.
Nous regardons les nouvelles comme vous. Eux-aussi.
On essaie de dormir. Du mieux qu’on peut.
On les rassurent. Je vous jure. Du mieux qu’on peut.
On se distance. Je vous jure. Du mieux qu’on peut.
On les aiment . Je vous jure. Du mieux qu’on peut.
On répète. On explique à nos Roses de mémoire…
Le pourquoi du comment. Du mieux qu’on peut.
Avec patience. Je vous jure. Avec des respirations aussi…

Dans notre maison pour vieux heureux,
nous dormons tous les soirs avec 20 fleurs fragiles
posées sur un arc en ciel.
Nous sommes tous responsables de « nos vieux ».
Des fois la peur nous égratigne le ventre.
Mais si vous nous aidez, en restant chez-vous,
on va la gagner la guerre.
Parce que c’est une guerre qu’on vit.
Et l’ennemi est sournois.
Il peut te sauter dans la face. Et tu le sais pas.

Ne vous inquiétez pas.
Ça va bien.
Aujourd’hui j’ai garoché des balles de neige
aux vieux sur de la musique de Plume!
Je m’en vais me coucher en pensant à ça.
Je vais m’endormir là-dessus…
En espérant que…
Ça va encore… bien aller demain

LES DEUX LOUPS


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