Humain

Jean-Guy…L’invraisemblable suite de l’histoire de mon beauf!

6 juin 2016

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J’aurais préféré.
Tellement du fond du coeur que l’histoire de Jean-Guy, mon beauf, se termine normalement… Qu’elle s’arrête jeudi dernier.
Mais bon. J’ai raconté ça ce matin à la radio .
Jean-Guy serait bien MORT de rire d’écouter ça. Le connaissant.

Vendredi, 3 juin. Le lendemain de sa mort.
Un autre rendez-vous pour Jean-Guy. Celui là à 16h00
Ma nièce et ma soeur m’ont demandé de les accompagner pour rencontrer l’entreprise funéraire. Quand tu prépares la date de ta mort, tu prépares aussi tes arrangements funéraires. Les dernières volontés de Jean-Guy étaient claires. Mon beauf voulait ça simple. Pas d’exposition de son corps. Vous m’avez assez vu! Incinéré. Une cérémonie de la parole. Pleurez pas trop surtout. Rien de triste. Amusez-vous! Mangez! Prenez un verre. Riez avec la vie! Gardez la famille réunie!
Jean-Guy c’était ça.
Nous arrivons donc au Complexe  Funéraire J D Garneau du boulevard Saint-Laurent à Trois-Rivières.
Bien accueilli. Le directeur de la maison, un chic type ,nous attendait.
L’endroit est beau. Grand. Une musique douce flotte dans l’air.
Nous montons au deuxième étage.
Bien reçus dans une pièce autour d’une grande table.
L’endroit est chaleureux. Tu sens bien que tu n’es pas dans une maison de naissance.
Les images sont fortes. Mais c’est correct.
Et là. Monsieur arrive.
Les présentations. Les condoléances.
Je lui demande: Est-ce que Jean Guy est arrivé?
Je sentais qu’il se passait quelque chose…
Puis monsieur nous demande:

A-t-il changé beaucoup votre mari depuis les derniers temps?
-Non lui dit ma soeur.
-Pas du tout  rajoute sa fille.
Moi. Je suis confus. Très confus. Je ne saisis pas ce qui se passe. Mais j’ai un doute.

 

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Bon. Je vais être honnête avec vous. La personne que nous avons ici ne correspond pas beaucoup à la photo que nous avons de monsieur.  La photo de son permis de conduire attaché à la dépouille.
Quand notre technicien a débuté l’embaument de votre père, de votre mari, il a trouvé ça louche.
Quand je l’ai vu, j’ai conclu que ce n’était pas lui.
La morgue du CIUSSS de Trois-Rivières ne nous a pas envoyé la bonne personne. Il y a eu une erreur.
Puis il rajoute.
– Mais je pense savoir ce qui a pu arriver.
Cela pourrait venir du fait qu’une autre maison funéraire porte sensiblement  le même nom que nous ici à Trois-Rivières.

J’ai regardé ma soeur. Ma nièce.
L’indescriptible  sentiment qui nous habite et que nous ressentons dans l’invraisemblable passe encore tout frais dans ma mémoire.
-Ne vous inquiétez pas. On va retrouver Jean-Guy.
-Oui j’espère.

Monsieur a été très honnête. Il aurait bien pu ne rien dire. Il savait bien au fond de lui que Jean-Guy était dans une autre maison funéraire de la ville. Qu’il y avait eu une erreur à la morgue de l’hôpital. Il nous explique alors, que la politique de sa maison est bien claire. L’identification du corps est une règle. Toujours. Avant de procéder à toute discussion avec la famille, il veut s’assurer qu’il s’agit bien de la bonne personne que son personnel est allé chercher à l’hôpital. Cette pratique n’est pas observée dans toutes les maisons funéraires cependant. Et sincèrement, nous n’étions pas là pour voir la dépouille de Jean-Guy, mais bien pour négocier les arrangements funéraires. Quelle délicatesse a-t-il eu!

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MOI.

Suis-je dans un mauvais film?
Est-ce que le scénariste va sortir de l’ombre?
Moi qui voulait terminer ma semaine dans le calme. Tabar…Je suis sonné! Et en même temps, je veux être rassurant auprès de ma soeur et ma nièce. Il faut rester calme.
Mais dans les yeux de ma soeur, j’ai perçu une détresse comme je n’avais jamais vu depuis l’aventure de Jean-Guy. Jamais.

Voulez-vous quand même vous assurer que la personne qui est ici n’est pas lui? nous demande-t-il?
-Oui bien sûr.

Le directeur du complexe Funéraire JD Garneau a quitté son bureau. Le temps d’aller préparer le corps du faux Jean-Guy qui se trouvait dans son laboratoire. Pendant qu’il était parti, nous sommes restés dans le bureau. À s’interroger. J’étais en mode encouragement. Mais dans ma tête. Dans ma tête troublée. Tout ce que j’espérais c’est que le vrai Jean Guy dans l’autre maison qui porte un peu le même nom ne soit pas déjà incinéré.
Mais j’ai rien dit. Mais tout le monde y pensait…

Et puis.
Nous sommes invités à aller voir le corps du faux Jean Guy
Sauf ma soeur qui ne s’en sentait pas capable. Arrivés dans une grande salle, le corps d’un homme est étendu sur une grande table. Un linceul blanc recouvrait le corps de l’homme. Sa tête et ses cheveux blancs étaient découverts.
Juste par la couleur des cheveux.
C’était bien clair. Sa fille est catégorique au fond du grand salon.
Ce n’était pas son père qui était couché là.
Je me suis approché. Comme si je n’en croyais pas encore mes yeux.
Comme si l’histoire me paraissait trop invraisemblable.
J’aurais voulu imaginer le scénario du film de vie de Jean-Guy.

 

 

Ses 3 cancers. Ses 3 voyages en Allemagne pour gagner du temps de vie. De sa demande à l’aide médicale à mourir. De son départ avant l’heure. Et de son corps mal identifié à la morgue de l’hôpital après son décès. Conduit à la mauvaise maison funéraire…Comment aurais-je pu imaginer tout ca le 2 juin dernier?

Finalement. J’ai remis une photo de Jean-Guy au directeur du Complexe funériaire JD Garneau
Le soir même. Il a envoyé la photo à son compétiteur.
Le corps de Jean-Guy était bien là-bas.
On a fait un transfert des corps.
Sa fille se rendra aujourd’hui pour une identification formelle.de son père.
Elle ira aussi au Centre Hospitalier de Trois-Rivières  pour obtenir  des explications.
Qu s’est-il passé à la morgue de l’hôpital?
On a déposé le dossier de Jean Guy sur une autre personne?
On a mal identifié les corps?
Le directeur me confirme que l’identification au bout de la gros orteil portait bien le nom de Jean-Guy. Ainsi que l’identification sur sa poitrine.

Aussi
Il semble que le personnel chargé d’aller chercher un corps doit toujours ouvrir un bout du linceul aux pieds, pour bien vérifier si l’étiquette au bout de l’orteil porte bien le nom de l’individu  qu’on vient chercher.
C’est vrai.  L’erreur  est humaine.
Mais dorénavant.
1. Je pense qu’il est essentiel que les maisons funéraires demandent aux familles de venir identifier les dépouilles avant de procéder aux arrangements. Que la personne soit incinérée ou non.
2. Je pense aussi que les morgues des hôpitaux du Québec doivent s’assurer de bien identifier les corps et qu’une politique rigoureuse doit être mise en place, avant de remettre un corps à une entreprise funéraire.
J’inventerais  maintenant le Code  JG.


 

Conclusion. Je ne vais pas clore l’histoire tout de suite…L’invraisemblable histoire de mon beauf!
Mais je veux remercier le directeur général du Complexe Funéraire J D Garneau , monsieur Bourgeois, pour son professionnalisme et sa franchise. Dans le film de Jean Guy, on l’aime!
J’ai voulu écrire ce papier pour que l’on sache dorénavant, qu’il est de notre devoir d’aller constater sur place l’identification d’un être cher avant de faire toutes transactions funéraires.  Si mon beauf n’avait pas droit à une chambre aux soins palliatifs parce qu’il n’en restait plus et qu’il passe après les autres à cause de sa demande d’aide médicale à mourir. J’espère qu’à la morgue de l’hôpital, MORT, il était égal aux autres! Vraiment…

Maintenant pour la fin du film…Je vais attendre après les funérailles de Jean-Guy.  Mon beauf!  Il m’a demandé de parler au ministre de la santé; le docteur Barrette pour lui dire ce que j’ai pensé de sa mort dans ses hôpitaux. Ouf! Je pense que je vais lui écrire ici prochainement sur mon blogue…
Cinq minutes après le décès de Jean Guy… Dans le corridor. Le gars qui cirait le plancher avec une zamboni m’a demandé de changer de bord! J’étais dans ses jambes. Comme tous les autres membres de la  famille…
J’en ai une zamboni¸pour écrire la suite…

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5 Commentaires

  • Reply Geneviève Gélineau 6 juin 2016 at 9:08

    OMG!
    Rien à ajouter.
    L’histoire du départ de ton Jean-Guy est « toute » sauf beige.
    L’histoire extraordinaire d’un gars ordinaire.
    Ta soeur et ta nièce sont fortes en ta.

  • Reply Danielle St-Arnaud 6 juin 2016 at 9:41

    Oh! Quelle histoire!…Il faut être fait fort!….Pour un  » gars ordinaire », Jean-Guy aura laissé des traces mémorables de son départ dans nos souvenirs par le biais de tes récits Daniel et surtout….dans les vôtres qui avez vécu et partagé la saga de son départ.
    Le temps des Lilas de Jean-Guy, on s’en souviendra!
    Oui, quelle histoire! Paix et sérénité à la famille.

    • Reply Daniel Brouillette 7 juin 2016 at 5:54

      Chèere Danielle, le temps que tu as pris pour nous dire tout ça est important…
      Et l’important c’est que nous retenons tous l’essentiel de tout ça..,
      Merci de l’avoir compris.
      Nous accueillons toute ta tendresse et je la tranmettrai à Lise, Manon et toute la famille.

      Merci…x

  • Reply Louise Boisvert 6 juin 2016 at 11:27

    Mes plus sincères sympathies à vous et à votre famille monsieur Brouillette.
    Aberrant de voir une chose pareille en 2016.
    Bon courage!

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