Humain

La planète des VIEUX

29 avril 2019

 

Je le sais que personne est vieux…
et qu’on ne sera jamais vieux.
Et qu’on veut pas être vieux.
Inondés dans une planète de vieux.
Et que nous-autres, on est plusse beaux
que les vieux qui sont vieux, vieux…
Mais au cas ou on deviennent vieux.
Ce serait bon de lire ça avant d’être trop vieux!
Avant nos cataractes de vieux…
Et de vivre dans une maison de vieux…
Comme chez-nous…
Après la photo de la belle vieille, allez lire
un magnifique texte d’Odile Tremblay dans Le Devoir.

 

Lizez Odile Tremblay dans LE DEVOIR
La planète des vieux
Odile Tremblay
27 avril 2019
CHRONIQUE 
Le Devoir


J’ai suivi le long combat de Fernand Dansereau pour réaliser des films sur le troisième âge, un sujet si tabou en nos temps de jeunisme que les institutions reculaient à l’idée de financer pareils repoussoirs à mouches. Ça valait surtout pour La brunante, sorti en 2007, rencontre entre une dame aux prises avec la maladie d’Alzheimer (Monique Mercure) et une jeune femme en crise (Suzanne Clément).

Ancien chroniqueur syndical au Devoir, réalisateur du Festin des morts, producteur de Pour la suite du monde, scénariste de la télésérie Le parc des Braves, Dansereau, prenant de l’âge, voulait explorer les horizons de la vieillesse. Or pas grand monde n’avait envie de le suivre sur des chemins caillouteux. Ça change, remarquez, mais sur un mode douceâtre.

À (RE)LIRE

Fernand Dansereau: quelques raisons d’être heureux

Depuis quelques années, même Hollywood explore ces rivages-là, souvent à travers des comédies, histoire d’attirer des cinéphiles aux têtes grises avec les galipettes attendries d’acteurs sur le retour. Rien pour effrayer le client ! Bergman nous manque. Il est si doux de se croire immortel. La vie va vite et bien du monde la passe à s’étourdir.

Après La brunante, j’aurai vu depuis les documentaires de Fernand Dansereau (moins onéreux à financer que la fiction) Le vieil âge et le rire, L’érotisme et le vieil âge. Le dernier volet de sa trilogie, Le vieil âge et l’espérance, a pris l’affiche vendredi, approfondissant la démarche du cinéaste, d’autant plus que de récents ennuis de santé l’ont frappé.

On a envie de remercier ce nouveau nonagénaire de démystifier un pan de l’existence envoyé planer dans le vide. Fernand Dansereau aborde frontalement les enjeux de la déchéance physique et de la mort au bout du tunnel, tout en lançant un cri de guerre : On est toujours vivants ! On pense, on aime, on rit, on observe les courants qui passent.

Dans son dernier film, le sens de la vie, l’espoir, la spiritualité sont abordés avec des personnes du troisième âge et ceux qui travaillent à leurs côtés. Un sujet d’autant plus pertinent que plusieurs aînés interviewés ici (dont les cinéastes Arcand, Labrecque et Beaudin) sont athées. Sans la foi de leurs parents en promesse d’éternité, ils entretiennent un rapport à la mort quasi inédit dans l’histoire d’une humanité envoûtée par ses dieux.

À l’écran, certains rigolent pour conjurer le sort, d’autres se désolent ou nous servent des leçons de sagesse jusque sur leur lit de mort. Pour plusieurs, la méditation a remplacé la prière. Au rêve d’un au-delà succède une sérénité fuyante à embrasser.

La plupart, Dansereau y compris, souffrent des pertes physiques (et parfois mentales) qui viennent leur empoisonner l’existence. Ajoutez la disparition de proches tant aimés ou celle de vivants à l’esprit en égarement, que des conjoints endeuillés avant terme étreignent avec passion.

Oui, la tristesse baigne ce film-là, mais les deuils font partie de la vie. Et pourquoi faudrait-il les voiler ? Tout le monde veut rire au Québec quand il n’y a pas toujours de quoi se tenir les côtes.

 

 

C’est la mise au rancart des aînés que je déplore dans les films de Dansereau. Le cinéaste les interroge souvent entre eux, à la maison comme dans les CHSLD, dans une espèce d’apartheid, sur la planète des vieux en somme, auprès de spécialistes liés à leur sort. Mais faut-il les isoler ainsi avec leurs questionnements ?

Autrefois, plusieurs générations vivaient souvent sous un même toit et des liens se tissaient entre tous. Les cycles de la vie, de la naissance à la mort, se déroulaient à demeure. Aujourd’hui, chacun se meut dans sa petite roue schizophrénique. Même les rituels funéraires perdent en solennité, vite évacués pour mieux tasser du chemin les vapeurs de l’angoisse.

Fernand Dansereau n’a plus l’énergie de mettre un nouveau film en branle, mais un autre pourrait prendre le relais de son œuvre. Je rêve d’un documentaire concentré davantage sur le bagage du grand âge, ces richesses acquises au fil des années. Tant de savoirs sont sur le point de disparaître, faute d’un auditoire attentif à les capter. Délivrés des mirages du succès et du bal des ego, les aînés ont beaucoup à apporter. Dansereau le signale dans ses documentaires, mais sans miser suffisamment sur les héritages à transmettre aux passagers du dessous.

La Terre est en train de nous lâcher. Bien des jeunes dénoncent l’avenir que leurs prédécesseurs ont bouché. Les combats écologiques vont réclamer d’immenses changements de valeurs hors du cercle de la surconsommation. Plusieurs millénariaux basculeront de l’autre côté plus tôt que prévu, sans atteindre le grand âge qui effraie tant mais qui permet de durer, emportés par les grands cataclysmes dont l’humanité refuse de prendre la pleine ampleur. Comme dans l’univers du conte, ça va prendre de vieux sages pour les guider…

 

https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/553015/la-planete-des-vieux

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