Humain

Le dernier Poinsettia

1 mai 2020

LE DERNIER POINSETTIA DE MADAME ALMA

Madame Alma est décédée hier.
C’est comme ça chez-nous. La vie de nos « beaux vieux » nous surprend. La plus petite de nos résidantes est partie! On ne s’attendait pas à ça. Si vite!
Mais c’est comme ça chez-nous.
Pas de Covid, mais la vie poursuit son œuvre.
Depuis cinq jours, la frêle Alma de 91 ans ne filait pas. L’infirmière lui avait rendu visite dans la journée. Son médecin l’avait appelée. Son moral n’était pas à son meilleur. La mine plus triste aussi depuis le début de la pandémie. Moins d’appétit. Santé fragile. Nous pensons bien qu’une partie de son coeur s’est noyée dans l’ennui. Avant la terrible crise que nous traversons, son frère Welly, venait voir sa grande sœur tous les soirs. Et tous les soirs d’été, comme ça, près de ses géraniums au bout de galerie, ils jasaient, tous les deux, de leur vie dans le temps… Dans le beau temps de la famille Parent au bas de la grande ligne du village.
L’après midi, avant son départ, Claire a demandé à Welly de rendre visite à sa sœur. Pressentiment humanitaire! Lui, loin d’elle sur la galerie. Elle. Loin de lui dans son appartement. Claire a été témoin de leur dernière fois.
Welly est tellement heureux de ça. Au bout du fil, il pleurait. Mais il pleurait heureux d’avoir eu la chance de voir sa sœur adorée, la journée de sa mort. De la chance oui. C’est de la chance de nos jours de voir quelqu’un qu’on aime avant qu’il meurt. Dans ce temps ou c’est rare de mourir en tenant la main de quelqu’un qu’on aime…

C’était juste avant le repas.
Madame Alma s’est affaissée dans les bras de Claire. On m’a appelé pour les aider à relever la petite femme et la porter dans son lit. En attendant que l’ambulance arrive et que Claire termine de servir le repas à nos « beaux vieux », je suis resté près d’elle. J’ai étendu sa doudou sur elle et je lui parlais . Sa bouche s’entrouvrait à peine pour me dire quelques mots inaudibles. Sa respiration devenait de plus en plus difficile. Je lui tenais la main et j’effleurais son poignet pour sentir son pouls. Son coeur battait faiblement. Sur mon gant bleu je sentais la peau froide de sa main. Et la mort qui s’approchait hypocritement…
Je lui parlais. Je la rassurais.
Je lui parlais encore… Lui dire qu’on allait prendre soin d’elle. Je lui disais de se détendre… De prendre le temps qu’il faut pour respirer la paix. Ah oui! Que nous allions s’occuper de sa plante de Noel. Parce que madame Alma, c’est la seule de la maison qui pouvait sauver un Poinsettia de Noel après sa floraison.
Ses yeux et son regard plongeaient dans l’incertain. Le visage épuisé, Madame Alma préparait sa sortie… Depuis quelques jours, elle sentait venir ce départ. Mais on la retenait! La pandémie lui faisait si peur. Elle avait informé son médecin qu’elle ne voulait pas d’acharnement. Nous le savions. Jusqu’à l’arrivée des ambulanciers imposants dans leurs habits de Covid, la douceur d’une fin de vie flottait dans la dernière chambre du fond. Claire réconfortait SA madame Alma.

J’ai défait les boucles de ses souliers blancs.
Je les ai retirés de ses pieds.
Et j’ai placé les souliers de madame Alma
près de son Poinsettia à la fenêtre.
Maintenant, pour nous les Poinsettias ,
ils seront les fleurs de madame Alma.

Tendresse à la famille Parent.
À ses proches du bas de la grande ligne.
À ses amis de la résidence .

Pour toi Claire

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