Humain

Monsieur Lucien…Infiniment bon

12 septembre 2015

Lucien 23Bonjour,

Je ne sais pas si monsieur Lucien aimerait bien que je le vante comme ca aujourd’hui e pleine église
Mais il ne peut pas nous en vouloir de se faire venter par son SOUFFLEUX …
Ca fait que j’ai décidé de prendre son SOUFFLEUX à feuilles et de faire du VENT avec des mots..sur lui!

Le matin du décès de monsieur Lucien
Avec son vieux souffleux à feuilles dans mes mains.
Je pensais au géant qu’il était. A la beauté humaine de l’homme qu’il incarnait.
Il a été, comme nous le souhaiterions tous être un jour…une personne âgée d’une rare exception.
Il vivait dans notre résidence , la Villa Saint-Narcisse, avec Jeannine son épouse.
Depuis 5 ans!
Là.
Jeannine est hospitalisée depuis une dizaine de jours.
Sa hanche a flanché en chutant. Lucien vivait ça aussi dans son coeur.
Il s’occupait beaucoup de « sa Jeannine… »

D’ailleurs. Ayons une pensée pour Jeannine! Nous l’avons visité Jeudi.
Ca va mieux. Surprenant. Dans les circonstances et son état.


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Lucien.
Lucien le faiseur de vent…
Il a travaillé jusqu’au bout du bout de ses 87 automnes.
Son rêve…Partir en travaillant.
Son coeur en avait assez de faire des bonds!
En quelques secondes. Lucien a surpris tout le monde.
Il a réussi sa sortie! Comme il le souhaitait tant.
Partir en travaillant. Partir en Lucien! En silence dans le vent de l’été.
En pleine journée de la fête du travail. Imaginez! Son coeur s’emballe.

 Lucien s’est dit: Vous dites que je travaille tout le temps, on va célébrer ca en grand. Y’a de la pelouse à faire au Ciel!
Je m’en vais là! Salut nous dit-il!

La nouvelle de son départ nous a un peu trop surpris.
Le matin de son décès, en regardant son « souffleux  » j’ai écrit quelques lignes pour épancher la peine qui flottait dans l’air de notre résidence.
Les résidents avaient de la peine. Tout le village a de la peine.
Tout le monde connaissait Lucien.
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Samedi dernier, Y’a une semaine, il était 14h. Moi, Claire et Chopin le chien à nos pieds, nous étions assis avec monsieur Lucien dans sa balançoire en face de la rue. Il se préparait à aller faire sonner les cloches de l’Eglise pour les funérailles de Line Adam. Line, un petit bout de femme.  Elle  était dans ma classe ¸à l’école du village. Une première de classe. Je m’en souviens.  Monsieur Lucien  revenait de l’Eglise. IL avait sonné les cloches pour les funérailles de madame Claire Cossette dans l’avant midi. Une paroissienne engagée aussi. Assez occupé notre homme. Souffleux et sonneux!
Ses cheveux bien placés. Ben propre. IL sentait bon. Pas un poil dans les oreilles…
On jasait de la vie. Des cloches. Et de lui. Il nous disait qu’il se sentait moins tought qu’avant… C’était la première fois qu’il nous disait ça monsieur Lucien. Admettons que son dernier été a été assez occupé! Il se donnait des fois un peu trop…Mais essayez d’arrêter un Lucien!
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J’avais le goût de vous partager ce moment intime, pour vous parler de la beauté de vieillir comme monsieur Lucien. Pour sa Jeannine plus fragile, il avait choisi de venir vivre avec nous. D’avoir lâché prise sur les choses pas importantes. Sa belle maison. Et tout ce qui nous retient inutilement dans la vie. Lui. Il était heureux. Il était le bonheur incarné.
Heureux d’être là.

Notre maison était la sienne. L’atelier. La remise. Ca sentait Lucien. Etre occupé! C’était sa santé! Son bonheur. Ce qu’il faisait. Il  voulait bien le faire. Et lui, je pense bien que ca le valorisait…
Nous l’avons beaucoup apprécié.

Non pas pour ce qu’il a fait. Mais pour ce qu’il était.
Quand vous serez vieux, je vous souhaite d’être valorisé comme lui… Ca rend plus heureux. Claire et moi en sommes convaincus aujourd’hui. C’est pas parce qu’on a 87 ans qu’on est vieux! On est déjà vieux lorsqu’on ne croit plus au bonheur d’aider, de servir et d’aimer.

Ce cher monsieur Lucien…

En hiver, les bancs de neige grelottaient juste à LE voir apparaitre avec son souffleur, les bancs de neige se disaient, on va se faire grignoter ca prendra pas de temps…
Quand au printemps, la glace s’en prenait à l’asphalte de l’entrée. Le pic à glace se lamentait juste à savoir que monsieur Lucien allait s’en servir toute la journée.!
A l’été, quand les cèdes voyaient arriver monsieur Lucien avec ses ciseaux et son escabeau, ils savaient les cèdres, qu’ils ne leurs resteraient pas une couette de travers sur le top!
Et
Quand à l’automne, les feuille des érables sur le terrain voyait arriver monsieur Lucien avec son souffleux, les arbres en shakaient. C’est comme si les feuilles disaient: Ah non… on va se faire se mettre en tas et déchiqueter en compost, ca ne sera pas long.
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En regardant son « souffleux »à feuilles, je pensais à lui.
A monsieur Lucien.
Au vent de son « Souffleux! »
Au vent qu’il dégageait quand il nous parlait avec tellement d’attention
Au vent « drette » qu’il dégageait quand il travaillait avec tellement de minutie…
A tailler la haie parfaitement. Tondre parfaitement. Laver parfaitement.
Aimer les autres parfaitement. Priez dans son cœur parfaitement.
Au vent de fierté qu’il dégageait quand il frottait et faisait briller sa voiture.
Son camion. Son quatre roues! Et son jardin! Et ceci. Et cela….
Au vent qu’il dégageait quand il aidait les autres. Sans préjugés.
Jamais sans préjugés lui.
Au vent qu’il dégageait quand il aimait les autres. Et souvent les plus difficiles à aimer…Il trouvait le moyen de faire rire ceux et celles qui ne se souvenaient pas de l’avoir salué 5 fois sur la galerie!
Au vent qu’il dégageait quand il visitait un malade. Ou quand il prêtait sagement l’oreille au plus grand » chiâleux » de la terre.
Au vent qu’il dégageait quand il regardait les jeunes d’aujourd’hui avec admiration et ouverture.
Au vent de son ouverture sur les hommes et leurs choix.
Au vent qu’il dégageait pour aider et distribuer la popote volante. Pour aider l’Age d’or et tous les clubs sociaux de la municipalité.

Lucien 3

Au vent qu’il dégageait quand il était un des propriétaires de Télécon et qu’il sautait dans le Fossé avec sa pelle pour creuser avec ses employés!

 Le seul rang qu’il existait entre lui et ses employés, c’était le rang de St Pierre. IL se rappelait d’où il venait… Sa simplicité était sa plus grande RICHESSE.

Au vent qu’il dégageait quand il parlait de son unique Jeannine. De sa fille chérie, Ginette, son gendre Gaétan, sa petite fille adorée, Karine et son trésor,la petite Madyson et son papa…
Au vent qu’il dégageait quand il parlait avec fierté de son René; son gars! Et son conjoint Dan. Et de leur condo à Montréal, qu’il avait vu pour la première fois cet été…
« ah c’est beau… le garage c’est propre… » me disait-il;.
Lucien avait remarqué que même votre garage brillait les gars!

Aujourd’hui , Lucien nous demande de prendre des grandes respirations. Avec son sourire. Et son regard qui nous dit de prendre la vie comme elle vient.
Il nous place son « Souffleux à feuilles « dans le visage et nous fait de l’air!
« Ca fait du bien. Prenez-en »

Fais nous du vent! Fais du vent
Fais du vent à Jeannine!
Tes enfants. Tes amis. Ta famille. Ton monde ici rassemblé.

Cher monsieur Lucien. On aura besoin de vent…pour sécher nos larmes.
Je te dirais …secrètement, Claire ta complice à la Villa a bien reçu un petit coup de vent de ta part, qui lui a fait du bien hier! Merci…

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Avec toute notre tendresse…
Au nom de tous ceux et celles qui sont rassemblés ici pour t’aimer
Je vais partir ton « souffleux… »Cet automne.
« 3 petits coups sur le choke, pis ca part » me disais-tu
Je vais faire du vent…
Pour faire du vent dans les ailes de ta famille!
Et nous faire du vent dans le coeur.

Monsieur Lucien! Je vous déclare aujourd’hui comme l’humain le plus infiniment bon et inspirant que j’ai rencontré à ce jour.
Merci!

Daniel Brouillette

Funérailles de Monsieur Lucien Bergeron.
Saint-Narcisse
Samedi le 12 septembre 2015

J’ai rajouté cette petite vidéo de NOEL 2015.  Le père NOEL saluait monsieur Lucien et madame Jeannine à toutes les fêtes de NOEL.  J’ai mis la photo de monsieur Lucien sur la lanterne de son père NOEL…

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2 Commentaires

  • Reply Joane Veillette 14 septembre 2015 at 7:35

    Bonjour Daniel, les funérailles de M.Lucien hier, ont été tres touchantes et quelle journée émouvante pour tout le monde, parce que M.Lucien c’est vrai, était aimé de tous…..Tu le sais, je l’ai connu en étant tres jeune, j’étais amie avec sa fille Ginette a la petite école, alors je l’ai connu aussi a la maison avec sa famille…………….Je ne l’ai jamais vu hausser le ton avec qui que ce soit….. Cet homme, était réconfortant, aimable, d’une douceur extreme et tjrs. souriant, il savait aimer les gens qu’ils l’entouraient, tout un exemple de Pere de famille, ce que je n’ai pas connu, alors quand tu as fais ton hommage a la fin de la messe hier, tout ce que tu as dis ressortait de tres beaux souvenirs, mon Dieu que c’était dur de ne pas avoir la larme a l’oeil, tu as été bon de faire ce discours avec tant de joie d’en parler, c’était une tres belle histoire et drole aussi….mais c’était LUI…..son histoire dans ta résidence et dans sa vie….Alors félicitation pour ton talent de rédacteur, et tout ce que tu fais, pour les gens qui te cotoient, les gens agés doivent etre heureux a vos cotés, merci a toi et a Claire, et au revoir M.Lucien vous resterez tjrs. dans ma mémoire….

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    • Reply Daniel Brouillette 14 septembre 2015 at 8:30

      Bonjour Johanne,

      Je pensais que ton message était sur Facebook. Je me demandais bien où tu avais écrit. Merci pour tes mots. Je suis content de t’avoir revu. Aussi belle…
      En fait, de m’être rendu au bout de ce texte a été pour moi un véritable exploit! Ce cher Lucien nous a bien surpris. Mais je le sais tellement heureux. Tellement, c’est ce qu’il voulait. Partir en coup de vent! Au plaisir de te revoir

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