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Une vieille histoire sans fin…

20 juillet 2015

 

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Avant-propos

Si j’écris ce papier, c’est que nous exploitons, avec mon épouse Claire, une résidence pour personnes âgées autonomes et semi- autonomes en milieu rural. (Vous le saviez, je le sais, mais je commence à répéter moi-aussi) Je vous le rappelle juste pour que vous sachiez que j’en ai vu d’autres…Et qu’on ne parle pas au travers de notre chapeau!


 

23 personnes autonomes et semi-autonomes demeurent dans notre maison. Et nous vivons avec eux. Puisque notre résidence principale est rattachée aux 21 unités de notre maison. Je peux aller voir monsieur IDOLA à l’autre bout de La Villa, sans sortir de ma maison…
Oui comme vous dites, on vit avec des vieux!
Nous. ON a préféré le savoir qu’un jour, nous allions être vieux!
Une journée ca va bien. Et le lendemain…
Ca peut arriver que la vieillesse t’attrape pour de bon!
Ca fait que…
La condition des personnes âgées nous préoccupe.

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Souvent. Quand une personne quitte notre résidence, bien souvent, c’est pour aller vivre dans un CHSLD. Claire se fait un devoir d’aller les visiter assez souvent d’ailleurs… Et des fois, bien… Des belles histoires, nous en avons beaucoup à raconter. L’histoire de Simone sur mon blogue en est une merveilleuse. Vous lirez celle de Blanche. Ca ne se passe pas chez-nous mais c’est épouvantable…pour le végétarien que je suis en plus!
Des histoires… Heureusement qu’il y a plus de belles histoires que des moins belles… Mais des moins belles, il y en a eu…depuis 12 ans!
C’était mon avant-propos. La vieille histoire commence ici!


 

 

Chapitre 1
De la merde!

 

Ca prenait une autre vidéo pour se questionner sur le manque de personnel dans les CHSLD! Comme si on voyait ça pour la première fois! Comme si c’était nouveau! Comme si l’on ne savait pas que tout ça existait! Franchement… Je ne veux rien enlever à la dénonciation normale. Mais il ne faut jamais être allé dans un CHSLD , ou dans un centre hospitalier, pour constater qu’il y a des endroits ou ca ne fonctionne pas du tout. (Vous lirez mon expérience -un soir à l’urgence à l’hôpital -sur mon blogue)
Un préposé pour s’occuper de 13 personnes âgées c’est possible quand elle sont normalement vieilles et semi-autonomes. Mais IMPOSSIBLE quand les treize personnes sont en LOURDE perte d’autonomie, alitées parfois, souvent avec une démence sévère. Ou marchant péniblement dans un corridor entre deux bacs de couvertures souillées.
Ca se peut!
Oui ca se peut que la culotte d’incontinence pendante ..ou la couche d’un résident reste pleine plus d’une heure! ET que ça finisse par déborder! Ca déborde parce qu’une personne pour s’occuper de treize grands malades, c’est juste pas assez dans ce cas-là, Qu’une personne soit tombée par terre. Qu’elle y reste. Une , deux ou trois minutes. La question n’est pas là.
Il faudra la relever rapidement. L’aider. Ca peut arriver.
C’est arrivé hier. Dans le temps. Autrefois. Ca va arriver encore.
Aujourd’hui, on peut tout voir. En tout temps.
MAIS.
Pensez-vous réellement qu’on va pouvoir tout éviter pour ne plus que des personnes âgées tombent par terre?
Il y a ceux qui tombent. Et les autres qui attendent…
Rester dans sa merde aussi, 1 heure. 2 heures. 3 heures. Ca irrite pas mal ça aussi. Pas juste les fesses. Ca irrite la dignité humaine!

Faudra-t-il une vidéo pour voir ce qu’il y a dans la culotte afin de déclencher une autre enquête de merde?

Ce qu’on ne voit pas est bien pire que ce nous voyons.
Quand on se vante de garder à la maison, le plus longtemps possible, des personnes âgées seules; prétextant qu’il faut les laisser dans leur milieu de vie, le plus longtemps, pensez-vous réellement qu’elles ne tombent pas et qu’elles sont toujours bien?
Et qu’elles ne restent pas dans leur merde? Vous êtes dans le déni si vous pensez ça.
Ca on ne le voit pas…On ne le montre pas. Ca nous dérange moins…
Nous. Nous savons que CELA existe.

L’autre jour, une dame avec sa voiture de l’année, est venue visiter sa « jeune sœur » à notre résidence. En quittant, elle ne savait plus ou elle demeurait pour s’en retourner chez-elle. Sa famille croit qu’elle est encore capable de conduire sa voiture. Et de rester chez-elle. Ils ont même décidé de changer de médecin de famille parce que ce dernier voulait retirer le permis de leur mère. Ah bon!
Ce sera à cause de qui si elle se perd dans le chemin demain matin. Si elle oublie un feu rouge et qu’elle frappe un enfant…
Ce sera à cause de qui? De son médecin. Du système de santé à monsieur Barette. OU de nous qui sommes parfois avec nos parents, nos vieux amis, dans le déni le plus total.
Chut! Disons pas ça!….


 

 

Chapitre 2:
Les fesses d’Ernest

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Imaginez le plus simple des scénarios dans un CHSLD

-Tu peux pas laver les fesses de monsieur Ernest
-Et t’occuper de La grande Louisette qui veut aller aux toilettes?
-Tu fais attendre Louisette! Tu te dis: Elle va se retenir un peu..
-Tu fais vite avec monsieur Ernest -Pendant ce temps-là, la cloche sonne pour Denise qui veut relever la tête de son lit
-Mais là…Tu peux pas laisser Ernest les fesses à l’air!
-Tu enfiles une culotte d’incontinence dans les fesses d’Ernest.
– En courant vers la chambre de Louisette, tu vois Madeleine avec le dentier dans les mains…
-T’arrive dans la chambre de Louisette. Elle est déjà debout. Y’a deux mois, elle s’est cassée la hanche. Non madame Louisette! Vous ne pouvez pas vous lever toute seule.
-Louisette est un peu confuse. Louisette oublie de prendre sa marchette! Louisette passe proche de tomber!
-Faut bien prendre le temps de remettre Louisette dans son lit.
-Mais Louisette a peut-être envie?
-Je reviendrai, te dis-tu.
-Denise attend qu’on relève la tête de son lit.
-Ernest te rappelle. » Aye la petite! Je suis tout mêlé avec mes manettes de télé! »
-Dans la chambre 234, des cris de démence résonnent!
-On revient asseoir Louisette sur les toilettes.
-On va revenir. -On se lave les mains.
-On aide Madeleine à remettre son dentier dans sa bouche.
-On revient pour Louisette.

C’est comme ca que ca se passe. Ca ne prend pas un doctorat pour analyser ça.

Ca ne prend pas une grande enquête docteur!
Et ce n’est pas la première fois, non plus, que je m’époumone là-dessus.
Tabarnouche !(C’est moins rought comme sacre…) Arrêtons de faire semblant qu’on ne sait pas ça. Et arrêtons de faire semblant que ça ne nous arrivera pas!

 


 

Chapitre 3
La hanche de Marie- Mance

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Il y a un mois… une de nos résidentes, est tombée en bas de ses pantoufles.
Oui vous avez bien lu. Marie-Mance (nom fictif) est une coquette. Il n’était pas question qu’elle se promène avec des pantoufles plates. Et encore moins en Phentex deux couleurs!
Un matin. En allant déjeuner. le pied fragile de Marie -Mance a basculé en bas de sa petite pantoufle satinée noire.
Catastrophe! L’os de sa hanche droite a flanché! 94 ans…Le processus d’urgence est déclenché.
Ambulance. Reconduit à l’hôpital. Opérée. Et tout…
Quelques jours après, Claire rend visite à madame Marie Mance . Aperçoit un bleu sur le bras gauche! Une pancarte à la tête du lit: Risque de chute élevé!
Nous apprenons que Marie-Mance avait chuté en bas de son lit en voulant , disait-elle, un peu confuse, fermer la fenêtre.
Marie Mance ne reviendra plus vivre à notre résidence… MM est partie vivre dans un CHLSD. Combien de temps Marie Mance est restée par terre?
Nous le saurons jamais.
Mais ce que nous avons constaté sur l’étage ressemblait à un tremblement de terre 5 à l’Échelle de Richter. Ca bouge.
Des préposés se courent. Au poste de garde, des infirmiers discutent entre eux…
Bon! On ne peut pas généraliser.
Il y a des endroits ou ça fonctionne très bien. Et d’autres; carrément pas.


 

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Conclusion

Ca m’amène à la fin de mon chapitre et à la fin de ma vieille histoire.
Et je n’ai pas trouvé la conclusion à ma réflexion.
Mais je sais qu’ il faudra mettre plus de temps pour s’occuper des plus fragiles d’entre nous.
Des âgés qui ne mangent pas seul. Ceux qui sont dépendants des autres. Les Grands malades.
Il faudra bien faire des choix.
Il va bien  falloir faire notre part aussi pour aider…
Et s’occuper un peu PLUS, des moins autonomes d’entre nous.


 

Vieillir c’est accepter notre fragilité. Nos limites.
Vieillir c’est aussi apprendre à Lâcher prise.
Oublier le vieux piano.
Les pots de boutons!

Vieillir c’est penser à soi. ET décider pour soi…
Avant qu’il soit trop tard. Parce qu’on OUBLIE de ne pas avoir décidé.

 


 

Il va falloir s’occuper de nos vieux très malades. Mettre à leur disposition les préposés qu’il faut.
A ce stade de vie, la DIGNITÉ HUMAINE est un droit.
Oui au maintien à domicile.
Aux services payés en partie par l’Etat.
Oui encore.
Mais pas aux dépends de nos plus grands malades.

 

Sur la grande passerelle de la vie.

C’est ça qui m’inquiète aujourd’hui…
Cette vieille histoire, dont je ne suis pas capable de trouver une belle fin…
Pour tous!

 

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2 Commentaires

  • Reply Robert Bernard 22 juillet 2015 at 8:54

    merci Daniel d’éclairer ma lanterne. Amicalement . Robert

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